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    The Flame : sur scène, la 4D prouve que la force du nombre n’est pas qu’un slogan

    Alex Konan, alias The Flame, vient d’Adjamé et vit aujourd’hui au Canada — une distance qui, dit-il, coûte en visibilité ce qu’elle ne retire pas en conviction. Récemment, lui et le collectif 4D ont posé sur scène ce qu’ils construisent depuis des années en studio. Portrait d’un artiste qui pense le rap comme un projet collectif, où chaque featuring est un calcul, et chaque son une pièce d’un plan plus large.

    Un concert. Pour beaucoup d’artistes, c’est une date parmi d’autres. Pour The Flame et la 4D, c’est autre chose : la première fois que ce qu’ils construisent en studio — au feeling, à plusieurs, depuis le Canada — rencontre physiquement un public. « Ça a permis de valoriser la culture du rap ivoire, de toucher une plus grande audience et de faire connaître certains de nos titres », résume-t-il. La phrase est sobre. Mais derrière, il y a une stratégie entière qui se dévoile.

    Adjamé, Abidjan, Canada : une géographie qui pèse sur la musique

    The Flame — de son nom Alex Konan — est originaire d’Adjamé, l’un des quartiers les plus denses et les plus populaires d’Abidjan. Il se définit simplement : « jeune ivoirien, passionné par l’art. » Le rap, il y est entré en 2018 — soit bien avant la consolidation du collectif 4D telle qu’on la documente aujourd’hui.

    Son nom de scène, lui, est revendiqué sans détour : « The Flame me représente artistiquement. C’est la traduction anglaise de flamme, ce qui correspond à flamme d’espoir, flamme de courage… » Pas de mystère entretenu ici — à la différence d’autres artistes de la scène diaspora, The Flame choisit la clarté.

    Aujourd’hui basé au Canada, il ne minimise pas l’impact de cette localisation sur son travail : « la localisation impacte ma musique, dans le sens où la culture musicale au Canada est différente — donc moins de visibilité et plus difficile de collaborer avec des artistes sur le territoire ivoirien. » Un constat lucide, qui rejoint une réalité largement documentée pour les artistes de la diaspora : l’éloignement du centre de gravité de la scène a un coût réel, indépendamment du talent.

    Mais la distance n’a pas effacé l’attache. Le « 225 » qui revient dans sa musique, dit-il, « représente l’indicatif de mon pays, la Côte d’Ivoire — une façon pour moi de montrer mon appartenance nationale et culturelle. » Le Canada est un lieu de vie ; la Côte d’Ivoire reste la référence.

    4D : une famille qui a grandi, un plan qui se précise

    C’est dans le récit de la formation du collectif que The Flame est le plus précis — et le plus révélateur. La 4D, explique-t-il, « est un collectif, une famille formée autour de la musique, partageant les mêmes buts, les mêmes objectifs et une même passion. » Mais derrière cette définition presque attendue se cache une histoire de construction progressive : à l’origine, un groupe de quatre — Big Jo, Isyboy, Flame, Yuri — qui s’est élargi avec le temps pour devenir le roster qu’on connaît aujourd’hui : Goks, Fåçøn, Kv, Big Jo, Isyboy, Ismo, Kilsers, Highvan$, et Flame lui-même.

    Chaque membre, précise-t-il, porte aussi sa propre identité au sein du collectif : Kilsers c’est « la meute », Fåçøn c’est « la trim », Ismo c’est « DTLC ». Et les rôles ne se limitent pas au micro — Ismo et Flame, par exemple, sont à la fois artistes, beatmakers et ingénieurs son. Le collectif s’entoure aussi de collaborateurs extérieurs : les beatmakers Greed Banks et MB, ou encore Kokoss pour la réalisation de clips. Wantché, Ozaki et Blitza, eux, ont collaboré avec la 4D sans en faire formellement partie — une nuance que The Flame tient à poser clairement.

    Sur le fonctionnement créatif, pas de structure rigide mais une règle commune : « le collectif fonctionne au feeling. La sortie des projets se fait après avoir reçu l’avis positif ou négatif de tous les membres. » Une validation collective qui n’est pas qu’un folklore de groupe — c’est, selon lui, ce qui garantit la cohérence de ce que la 4D met dehors.

    Goks devant, les autres derrière — mais un seul plan

    Ce qui distingue le discours de The Flame, c’est l’absence totale de gêne face à une question qui, ailleurs, créerait de la tension : pourquoi Goks est-il devenu le visage le plus visible du collectif ? Sa réponse est limpide — et stratégique : « l’émergence de Goks fait partie du plan d’action. Le but est que l’un des membres sorte du lot et fasse connaître les autres. »

    Ce n’est donc pas un accident de parcours ni une dynamique qu’on subit. C’est une tête de pont, assumée comme telle. Et cette logique s’inscrit dans un objectif plus large que The Flame formule sans détour : « la 4D a pour but de faire connaître la musique francophone et la culture ivoirienne, aussi bien au Canada qu’ailleurs. Notre stratégie est différente dans le sens où on mise sur la force du nombre — ensemble, on avance plus vite. »

    Faire des sons à plusieurs n’est donc pas qu’une question d’ambiance : « ça permet de présenter l’univers de chacun, et ça nous donne une plus grande exposition comparé aux sons solo. » Le collectif comme multiplicateur — et le concert récent, mentionné plus haut, en est la première traduction scénique concrète.

    Le nouchi comme choix, pas comme défaut

    Sur le plan sonore, The Flame se définit par la synthèse : « ma musique est basée sur la synthèse de plusieurs genres — DMV, trap, afrobeat — ce qui laisse place à ma créativité. » Mais c’est sur la langue qu’il est le plus catégorique. Le nouchi, dans ses textes, n’est pas un réflexe ou une habitude : « c’est un choix artistique conscient. C’est une façon pour moi de garder quelque chose d’authentique. » Une déclaration qui tranche avec l’idée parfois répandue que le nouchi serait, pour les artistes de la diaspora, une langue qu’on perd avec la distance. Chez The Flame, c’est l’inverse : plus on s’éloigne, plus on s’y accroche.

    Quant à l’absence de couverture médiatique qui caractérisait jusqu’ici le collectif, The Flame ne s’en cache pas : « l’exposition médiatique est un manque qu’on cherche à combler. Le fait d’être basé au Canada joue beaucoup sur l’audience et la visibilité. » Pas de posture « underground par choix » ici — c’est une contrainte géographique, identifiée et assumée comme un axe de travail.

    Solo, collectif, et deux versions de soi

    The Flame distingue clairement ses deux espaces créatifs. En solo, « mon but est de montrer mon univers, ma créativité et ma vision globale de la vie. » En collectif, « je reste sur la vibe, l’ambiance. » Deux registres, deux fonctions — pas de hiérarchie entre les deux, juste des objectifs différents.

    Cette logique de dualité se retrouve dans son projet PILULE, où il cherche à montrer « deux versions de moi : une version sentimentale et une version beaucoup plus crue. » Quant au titre de son projet Trop créatif to be broke, il ne laisse aucune place à l’ambiguïté : « c’est pour moi un constat amer, parce qu’aujourd’hui dans l’industrie de la musique, le talent seul n’est pas suffisant. » Une lucidité qui traverse tout l’entretien — The Flame ne raconte pas une success story, il raconte un travail en cours, avec ses limites identifiées.

    Le titre « VU », son morceau le plus écouté, illustre justement cette dynamique collective : « il s’est fait au feeling, et après la validation des autres il a été publié. » Un titre qui n’est pas qu’une chanson — c’est un exemple de la méthode 4D appliquée.

    Dans cinq ans : des certifications, et un collectif qui avance

    Sur l’avenir, The Flame ne sépare jamais sa trajectoire personnelle de celle du groupe : « dans cinq ans, je me vois être un digne représentant de la musique africaine, tant sur mon continent qu’à l’extérieur. Mon but est d’avancer et de faire avancer le collectif. Je me vois avec des certifications, des distinctions… » L’ambition est individuelle dans sa formulation — mais collective dans sa finalité.

    EN BREF

    The Flame révèle, derrière le silence médiatique qui entourait jusqu’ici la 4D, un collectif structuré autour d’un plan assumé : faire émerger une tête de pont (Goks), construire une identité commune forte (le nouchi comme choix, la « force du nombre » comme stratégie), et utiliser chaque sortie — y compris en solo — comme une pièce d’un édifice plus large. Le récent concert marque une première matérialisation scénique de cette stratégie, et confirme une trajectoire cohérente entre le discours du collectif et ses actes.

    Propos recueillis par la rédaction — IVOIRAP

    PRÉCISIONS ÉDITORIALES

    — Toutes les citations sont des propos déclarés par l’artiste, non vérifiés par des sources tierces indépendantes. — L’identité civile (Alex Konan), le quartier d’origine (Adjamé) et la composition exacte du roster 4D proviennent exclusivement de cet entretien.

    The Master
    The Masterhttp://www.ivoirap.com
    Ancien rappeur et éditeur en chef à Ivoirap.com

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    Chaque semaine, IVOIRAP met à jour LA LISTE avec les morceaux qui tournent, les artistes à découvrir et le rap ivoire qui fait l’actualité aujourd’hui.

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