Sur le papier, l’équation ne devrait pas fonctionner. GOKS, artiste indépendant originaire de la Riviera Palmeraie, construit son rap depuis le Canada sur un socle Philly Drill et DMV — deux sous-genres nés à des milliers de kilomètres d’Abidjan. Et pourtant, quand on lui demande sa langue d’écriture, la réponse tombe sans détour : 80% nouchi, 20% français et anglais. Portrait d’un artiste qui tente de faire tenir ensemble deux géographies.
Un déclic loin d’Abidjan
GOKS écrit ses premiers textes en classe de 4ème, poussé par des proches qui se lancent sur SoundCloud. « Je me suis dit que je peux le faire », raconte-t-il. Les premières sorties sont accueillies froidement — et c’est justement cette froideur, selon ses mots, qui devient un moteur : prouver à ceux qui doutaient que « c’est pas de la merde ».
Mais le vrai basculement se joue ailleurs. C’est son installation au Canada qui le pousse, dit-il, à s’investir « à 100% » dans la musique. La Riviera Palmeraie reste la matrice — le mode de vie, le langage — mais c’est la distance qui active le projet artistique.
Son nom de scène, lui, ne doit rien au hasard stylistique : « GOKS » est une abréviation de son patronyme. « Pour moi, c’est la famille avant tout », précise-t-il.
Un habillage américain, un contenu ivoirien
GOKS revendique ses influences sans détour : Young Thug et Skrilla côté américain, Hamza côté français, et surtout Himra — dont le titre C’est comment bro, découvert à l’époque SoundCloud, l’a durablement marqué. De cette matrice naît un style qu’il résume lui-même : « Philly drill à l’ivoirienne influencée par la trap et la DMV ».
La démarche est assumée comme un travail de traduction plutôt que d’imitation : « Je mets plus mon identité ivoirienne et j’essaie d’apporter des flow plus ivoiriens à ces styles de musique. » Le titre 225CULTURE, sorti en 2025, en est la démonstration la plus explicite — un projet que GOKS décrit comme le récit de son enfance, pensé pour « montrer d’où je viens ».
Certains titres portent cette logique jusque dans leur intitulé. Baba Yaki renvoie à la communauté baoulé qui a entouré son enfance. Deux Laisse file la métaphore du vélo tenu sans les mains — une image pour dire que, pour lui, rapper est aussi naturel que pédaler.
Ces éléments relèvent du discours de l’artiste sur son propre travail ; la rédaction n’a pas pu les confronter à une écoute approfondie des textes en situation, la démarche restant à ce stade largement autoproduite et peu documentée par ailleurs.
Une galère comme matière première
Interrogé sur ses thèmes récurrents, GOKS ne tourne pas autour du pot : la galère, la jalousie, les sorciers, les femmes, l’argent. Rien d’exotique dans cette liste — c’est le lexique classique d’une bonne partie du rap ivoire, ancré dans un quotidien reconnaissable plutôt que dans des références importées.
Une scène, malgré la distance
Le Canada n’a pas coupé GOKS de la scène ivoirienne. Sa collaboration avec Plugbinks131 sur GAWAYA est née d’un simple message privé — « tout est parti d’un DM, et on a tapé dedans » — entre deux artistes qui partagent à la fois les thématiques et le goût pour la DMV. Le morceau TRASHTALK a depuis suscité plusieurs réactions organiques dans la sphère rap ivoire, dont celle du jeune SK07, signe d’une circulation qui dépasse le seul cercle de l’artiste.
Sur l’état du rap ivoirien, GOKS livre un constat mesuré plutôt qu’un satisfecit : la scène « s’en sort pas mal », mais elle a besoin que l’industrie se structure pour que la musique devienne « un gagne-pain à tous les niveaux ». Son rêve de collaboration ? Himra — la boucle avec son influence fondatrice se referme.
La suite
GOKS annonce PHILLY4EVER, un projet de sept titres attendu pour le 7 août. Le morceau qu’il recommande pour découvrir son univers reste GAWA. Quant à la suite de sa trajectoire, l’ambition est directe : se retrouver « au-devant de la scène dans quelques années ».



