More

    PurppX : « La prière et la musique m’ont permis de m’évader »

    On ne savait presque rien de lui. Un nom de scène tiré d’un rappeur américain, une couleur, un X pour marquer la différence. Quelques titres sur les plateformes, une série de freestyles au nom explicitement ivoirien, une distribution via Virgin Music Africa. PurppX existait dans les données — pas encore dans les mots.

    Le questionnaire qu’on lui a soumis change ça. Ce qu’il révèle, c’est un profil qu’on n’attendait pas : franco-ivoirien, partagé entre Paris et Abidjan, ancien footballeur en Division 2 du Loiret, étudiant en Master 2 Management, et rappeur par nécessité autant que par vocation — la musique comme territoire d’évasion découvert sur un lit de convalescence fin 2023. PurppX n’a pas commencé le rap par calcul. Il y est arrivé par élimination, puis par conviction.

    Ce qu’il dit de lui-même est sobre, direct, sans surjeu. Ce qu’il ne dit pas, sa musique le complète. C’est le principe qu’il revendique lui-même. On l’a pris au mot.

    IDENTITÉ & ORIGINES

    Tu t’appelles PurppX. D’où vient ce nom — c’est une histoire, une couleur, une posture ?

    « Purppx car en 2017-2018 j’écoutais beaucoup l’artiste SmokePurpp et l’une de mes couleurs préférées c’est le violet. Je me suis donc surnommé Purpp et mes potes aussi m’appelaient comme ça, du coup je l’ai gardé. Le X à la fin c’est pour marquer la différence. »

    Tu es ivoirien — tu as grandi où ? Ton quartier a influencé ta façon de rapper ?

    « Je suis d’origine franco-ivoirienne. J’ai grandi dans le 11e arrondissement à Paris et aux Deux Plateaux Sococe. Mon quartier a forcément eu un impact sur mon rap car tout ce que je dis dans mes textes sont des faits réels, des souvenirs, des histoires que j’ai vécues ou entendues ou des choses que je vois qui me marquent. »

    C’est quoi ton parcours avant la musique ?

    « Je suis en 2e année de Master en management des entreprises et organisations à l’INSEEC MSc Online. J’ai aussi joué un an à FCM Ingré en D2 du Loiret, de 2020 à 2021. »

    À quel moment tu as décidé que le rap c’était pas un hobby mais une trajectoire sérieuse ?

    « À partir de 2023. J’avais déjà fait des sons en 2019 mais en vite fait. Juste après la CAN 2023, je me suis fait opérer et jusqu’à fin 2023 j’étais dans l’incapacité de faire des activités comme la muscu, le foot — j’étais tout le temps chez moi. C’est à ce moment que je me suis mis à fond dans la musique. La prière et la musique m’ont permis de m’évader. »

    NOTE ÉDITORIALE IVOIRAP

    Le profil qui se dessine ici est rare dans le paysage rap ivoirien : un artiste franco-ivoirien, formé entre deux géographies, qui arrive à la musique non pas par opportunisme mais par nécessité biographique. La convalescence de fin 2023 n’est pas un détail anecdotique — c’est l’élément déclencheur d’une trajectoire entière. Ce type de bascule produit en général des artistes qui ont quelque chose à dire, précisément parce qu’ils n’avaient pas prévu de le dire. Le parcours sport-études de PurppX ajoute une dimension supplémentaire : on n’est pas face à quelqu’un qui a tout misé sur le rap dès l’adolescence. On est face à quelqu’un qui y est arrivé par un autre chemin — ce qui, souvent, change profondément ce qu’on met dans les textes.

    RAP & CULTURE HIP-HOP

    Quels sont les rappeurs qui t’ont formé ? Ceux que tu écoutais vraiment.

    « Les artistes qui m’ont formé ? Je dirais les Migos, Future, NBA YoungBoy, Zola ou encore Dee Billz. J’ai plutôt été influencé par la culture américaine. »

    Le nouchi dans tes textes — c’est naturel ou c’est un choix délibéré ?

    « Le nouchi fait partie de mon vocabulaire au quotidien. Donc dans mes textes, c’est normal qu’il y ait du nouchi car je suis naturel dans mes sons. Après, en tant qu’ivoirien ça fait partie de mon identité — c’est en même temps une signature qui participe à exporter notre culture à l’international. »

    La série FFI — « Freestyle Folie Ivoire ». Pourquoi ce nom ?

    « Mon tout premier son en janvier 2025 était Freestyle Folie Ivoire 1. J’ai commencé par cette série de freestyle car j’ai voulu faire ressentir mon énergie au public. Foliee est un gimmick que j’utilise souvent. À travers cette gimmick je veux faire comprendre que tous mes sons transmettent une émotion, une énergie folle. Et FFI, c’est vraiment là où je me déchaine, où je n’ai pas de limites. »

    FAYAA, Machiavel, Bridge, FCN, WARI — tu travailles tes titres comme une part de l’œuvre ?

    « Chaque détail est important, du texte à la cover jusqu’au titre. Donc ils ne sont pas choisis par hasard, mais la plupart me viennent naturellement. »

    NOTE ÉDITORIALE IVOIRAP

    L’honnêteté de PurppX sur ses références est à noter : il ne cite pas les noms qu’on attend d’un rappeur ivoirien soucieux de légitimité locale. Future, Migos, NBA YoungBoy — c’est la culture trap américaine des années 2010, pas une déclaration d’appartenance à la scène d’Abidjan. Ce décalage n’est pas un défaut : c’est une donnée. PurppX est un produit de la diaspora autant que de la Côte d’Ivoire, et son rapport au nouchi — naturel, quotidien, non performatif — est précisément ce qui réconcilie les deux. La langue comme pont, pas comme costume. C’est là que son profil devient intéressant culturellement : il n’imite pas le rap ivoirien, il y arrive avec ses propres coordonnées.

    PROCESSUS CRÉATIF & SON

    Comment tu travailles ? Tu écris d’abord, tu choppes le beat d’abord ?

    « Je trouve le beat et je freestyle, ou parfois j’écris carrément. D’autres fois, j’ai des idées de refrain, je fais des toplines et j’envoie à l’ingé et il me fait un beat. Ça dépend vraiment des jours et du mood. »

    Tu travailles avec qui ? Un cercle proche, un collectif ?

    « Comme beatmakers, je travaille souvent avec Kesmo, Youngmadz, ohmygodteddy et sich3m. Pour les collabs tout dépend du feeling, mais j’en ai pas vraiment de régulières. »

    Dans FAYAA, le troisième couplet change de registre — tu critiques l’arévisme. C’est un sujet qui te tient vraiment ?

    « C’est pas un sujet qui me tient vraiment. Mais comme je l’ai dit, dans mes textes je parle de choses que j’ai entendues ou vues. Je trouve ça dommage d’en arriver là et sur le coup c’est ce dont j’avais envie de parler. »

    Tu es distribué via JYErecords / Virgin Music Africa. Comment s’est faite cette connexion ?

    « JYErecords c’est mon propre label, je suis en indé et distribué chez Virgin Music Africa. Pour la connexion, c’est mon manager Mickeyy qui les a contactés et envoyé mon catalogue. Ils ont apprécié et ça s’est fait. Ça m’a permis d’être plus structuré et professionnel dans la musique. »

    NOTE ÉDITORIALE IVOIRAP

    Deux éléments méritent attention ici. D’abord, la clarification sur FAYAA : la critique aréviste du troisième couplet n’est pas le cœur d’un discours construit — c’est une observation ponctuelle, venue du réel, pas d’une conviction idéologique. C’est une nuance importante qui dit quelque chose sur sa méthode : PurppX écrit ce qu’il voit, pas ce qu’il pense devoir dire. Ensuite, la structure JYErecords mérite d’être soulignée. Un label propre, une distribution Virgin Music Africa, un manager actif — à ce stade de carrière, c’est une architecture sérieuse. PurppX ne s’improvise pas artiste : il construit une infrastructure. Ce n’est pas anodin dans un paysage où beaucoup d’émergents ivoiriens restent sans structure pendant des années.

    SCÈNE IVOIRIENNE & POSITIONNEMENT

    Comment tu te situes dans le rap ivoire actuel ?

    « Dans le rap ivoire je suis toujours en tant que rookie. J’ai pas encore la place que je souhaite mais chaque chose en son temps, je ne suis pas là pour de la figuration. Des lacunes ? Je n’en vois pas vraiment. La seule lacune que je voyais avant même de commencer ma carrière c’était les clips et l’exportation du rap ivoire. Mais ça a évolué maintenant — le rap ivoire est à un tout autre niveau. »

    Dans FAYAA, tu cites Bouaké et Toumodi — la RTI comme horizon. C’est une vision ou une image dans un texte ?

    « Je veux être écouté dans toute la Côte d’Ivoire et aussi à l’international, pas seulement à Abidjan. Mais allons step by step — je vais conquérir la Côte d’Ivoire d’abord. »

    Il y a des artistes ivoiriens avec qui tu voudrais collaborer — ceux dont tu respectes vraiment la démarche ?

    « C’est généralement vraiment au feeling que se font mes collabs. Mais sinon j’écoute beaucoup d’artistes dans le rap ivoire — faut bien connaître l’environnement dans lequel on évolue. Et si j’aime bien ce que quelqu’un propose, tant que la connexion et le feeling passent, si quelque chose doit se faire ça se fera. »

    NOTE ÉDITORIALE IVOIRAP

    « Je ne suis pas là pour de la figuration » — la formule est courte, mais elle dit beaucoup. PurppX ne revendique pas une place déjà acquise, ne surjoue pas l’humilité non plus. Il se situe avec précision : rookie conscient, en construction, avec une ambition nationale avant internationale. C’est un positionnement rare dans une scène où beaucoup d’artistes émergents communiquent comme s’ils avaient déjà gagné. Sur la question des collaborations, la réponse est honnête jusqu’à l’inconfort : pas de noms, pas de liste de pairs soigneusement sélectionnés pour signaler une appartenance. Juste le feeling. On peut y lire une indépendance de trajectoire — ou un réseau encore à construire. Les deux ne s’excluent pas.

    PROJECTION & PROCHAINE ÉTAPE

    C’est quoi la prochaine sortie ?

    « Pour le moment des singles sont prévus. Pas de projet pour l’heure, mais d’ici la fin de l’année on ne sait jamais — comme on dit je peux sortir dans dos. »

    Dans 5 ans, PurppX c’est quoi ?

    « Seul le travail nous le dira. Je suis plus focus sur le moment présent car c’est ce qui va déterminer ce que je serai dans 5 ans. »

    Il y a quelque chose qu’on n’a jamais demandé à PurppX et que tu aurais voulu qu’on te demande ?

    « Non, pas vraiment. Pourquoi ? Parce que je n’attends pas qu’on me demande quoi que ce soit — ma musique vous dira tout ce que vous devrez savoir sur PurppX. »

    NOTE ÉDITORIALE IVOIRAP

    La réponse à Q18 est la meilleure conclusion possible — et PurppX la donne lui-même. « Ma musique vous dira tout ce que vous devrez savoir sur moi » : c’est une posture d’artiste pur, pas de communicant. Dans un écosystème médiatique où la plupart des artistes émergents construisent leur image avant leur discographie, cette déclaration tranche. Elle dit aussi quelque chose sur la limite de l’exercice de l’entrevue : les mots donnent un cadre, la musique donne le fond. PurppX est à un stade de sa trajectoire où les deux commencent à se rejoindre. La suite appartient aux prochaines sorties.


    Du Loiret à Abidjan, du foot au rap, de la convalescence à la discographie — PurppX a pris un chemin que personne n’aurait tracé pour lui. Il n’a pas grandi dans une écurie rap, il n’a pas été repéré sur un freestyle viral, il n’a pas suivi le manuel. Il a joué au foot en D2, commencé un master en management, subi une opération qui l’a cloué chez lui — et c’est dans cet espace contraint, sans alternative, que la musique est devenue une nécessité. Ce type de bascule ne produit pas des artistes qui rappent pour exister sur les réseaux. Il produit des artistes qui rappent parce qu’ils n’ont pas trouvé d’autre façon de traverser ce qu’ils ont à traverser.

    Ce qu’on retient de PurppX à ce stade, c’est la cohérence tranquille d’un profil qui n’essaie pas de convaincre. Un label propre, une distribution structurée, des beatmakers réguliers, un manager actif — l’infrastructure est là, construite sans bruit. La musique suit le même registre : pas de posture, pas de déclaration d’intention fracassante, juste des textes ancrés dans le réel et une énergie qui se construit sortie après sortie.

    Il se définit lui-même comme rookie. C’est honnête. Mais c’est le genre de rookie dont on surveille la trajectoire — parce que les fondations sont solides, et parce que c’est généralement ce type de parcours qui produit les artistes dont on parle encore dix ans après.


    Propos recueillis par écrit. Article publié avec l’accord de l’artiste.

    The Master
    The Masterhttp://www.ivoirap.com
    Ancien rappeur et éditeur en chef à Ivoirap.com

    LA LISTE

    Chaque semaine, IVOIRAP met à jour LA LISTE avec les morceaux qui tournent, les artistes à découvrir et le rap ivoire qui fait l’actualité aujourd’hui.

    Articles récents

    spot_imgspot_img
    spot_imgspot_img

    Articles connexes

    Un commentaire ?

    S'il vous plaît entrez votre commentaire!
    S'il vous plaît entrez votre nom ici

    spot_imgspot_img

    Vous ne pouvez pas copier le contenu de ce site.

    ×