Andrea N’Guessan a 19 ans, elle vient de Bingerville, et elle écrit depuis qu’elle en a 11. Entre ce premier texte griffonné et son dernier single « XS », il y a huit ans d’un cheminement discret, loin des éclosions soudaines qui font l’actualité rap ivoirienne. Andy Queen, elle, avance à son rythme — et le revendique.
Un rapport à l’écriture qui refuse la précipitation
Rien chez elle ne relève de l’urgence. Premier texte à 11 ans, premier enregistrement en studio à 13 — deux ans d’écart qui disent déjà quelque chose d’une artiste plus attachée à la maturation qu’à la performance immédiate. Son processus n’a pas changé depuis : elle écrit seule, prend le temps de trouver les mots avant d’aller en studio, et ne laisse l’improvisation entrer qu’au moment de l’enregistrement, sur une mélodie ou une phrase. C’est dans le studio de Micem, qui l’a conseillée à ses débuts, qu’elle a posé ses premiers titres.
Cette lenteur assumée irrigue aussi ses thématiques. Elle dit parler d’ambition et d’introspection — une manière de raconter une vision plutôt qu’un simple vécu. Sur « XS », l’obsession de l’argent devient le symptôme d’un vide plus profond : « on peut croire que l’argent va tout réparer, alors qu’au fond, ce n’est pas toujours le cas. » Le titre n’est pas un hymne à la flambe, mais son envers.
Un featuring qui traverse les générations
Son morceau le plus identifié à ce jour, « Abidjan Paiya », l’associe à Flamzy dj, figure du coupé-décalé. Une collaboration qu’elle présente comme volontaire plutôt qu’opportuniste : rassembler des générations et des courants qui, selon elle, appartiennent tous deux à la culture musicale ivoirienne. Le choix interroge — rap et coupé-décalé ne partagent ni le même geste ni la même histoire — mais il dit une chose nette : Andy Queen ne cherche pas à s’enfermer dans une case stylistique unique, quitte à brouiller la lisibilité de son positionnement.
Une artiste qui se dit elle-même « en construction »
Andy Queen n’esquive pas la question de sa place actuelle. Elle se situe elle-même « en construction » — une formule qui tranche avec les éléments de langage habituels de la promotion musicale. Elle voit dans « Mozart » l’amorce d’une direction artistique plus affirmée, celle que son premier EP, en préparation, doit désormais concrétiser. Son objectif : un univers cohérent, où chaque titre a une vraie raison d’être, reconnaissable autant à son ambiance qu’aux histoires qu’il raconte.
Cette construction reste, pour l’instant, largement solitaire. Pas de cypher, pas de battle, pas de collectif — elle le confirme sans détour, tout en se disant ouverte à ces espaces. Son public, encore modeste (5 000 abonnés sur Instagram, 8 000 sur TikTok), grandit au même rythme que son écriture : progressivement, sans raccourci.
Reste à savoir si cette patience, qui est aujourd’hui sa signature, saura résister à l’impatience d’une scène rap ivoirienne où la visibilité se joue souvent à une vitesse qu’elle n’a pas encore choisi d’adopter.



