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    Kerone : deux visages, un esprit underground

    Il rappe sous deux noms, réalise lui-même ses clips et avance loin des radars. À l’occasion de l’annonce de sa mixtape « Bonne Énergie », attendue en juin, IVOIRAP braque le projecteur sur Kerone — un artiste de l’ombre du rap ivoire qui mérite qu’on tende l’oreille.

    De Dabou au micro

    Né le 4 juillet 2002 à Dabou, KERONE découvre le rap en 2014 par l’intermédiaire d’un cousin. Captivé, il assiste à chaque répétition du groupe de ce dernier, au point de finir par connaître tous les textes par cœur. C’est cette immersion d’adolescent — l’écoute obstinée, la mémorisation, la fréquentation du collectif — qui pose les fondations de son rapport à la culture.

    Côté blaze, l’histoire est presque romanesque. De son vrai nom Gadagaud Krys Kerone, il commence sous le pseudo « Kerozen ». Mais l’ascension de l’artiste Kerozen le pousse à se démarquer : sur le conseil d’une amie de l’époque qui aimait bien son prénom, il décide de garder Kerone.

    Kerone et Ron’k : deux personnages, deux énergies

    C’est sans doute là que réside la singularité de l’artiste : il ne joue pas un personnage, il en assume deux.

    D’un côté, Kerone — le versant doux. Celui qui raconte les réalités sociales, s’ouvre émotionnellement, sur des sonorités dancehall, plug et trap mélo. De l’autre, Ron’k — plus brut, plus hardcore. Celui qui crache la hargne, la colère et la volonté de gagner, sur de la trap DMV.

    Cette dualité n’est pas un gadget marketing : elle structure jusqu’à sa façon d’écrire. Dans la peau de Kerone, il compose à froid, « de façon aléatoire » — sur la dalle, sous la douche, dans le taxi — dès qu’il se sent détendu, pour y déposer les difficultés que partage une bonne partie de sa génération. Dans la peau de Ron’k, c’est l’inverse : il trouve d’abord le flow, puis pose « en devantgbahé », sans texte écrit, les paroles venant face au micro, au studio. Une méthode qui, dit-il, le rend « plus vrai, sans retenue, plus créatif, instinctif ».

    Un projet engagé et une mixtape en chemin

    Premier jalon : OUPS Vol. 1, un projet où KERONE exprime son ras-le-bol — au point de « dire des trucs qu’il n’est pas censé dire », d’où le titre. Un disque assumé comme engagé.

    Les singles « Bori Bori » et « Éliminer » servent, eux, à annoncer le versant Kerone qui irriguera le prochain projet : la mixtape « Bonne Énergie », dont la sortie est annoncée pour juin. C’est cette échéance qui motive ce coup de projecteur.

    Le réflexe DIY : faire ses clips soi-même

    Au-delà du rap, KERONE est un passionné d’audiovisuel. Biberonné à Trace Urban, fasciné depuis enfant par la fabrique des clips et du montage, il intègre après le bac l’ISTC, école d’audiovisuel qui le rapproche de la caméra. Après un premier clip réalisé avec Constant Aka, il fait un constat lucide : faute de budget pour payer chaque vidéo, autant apprendre. Tutos YouTube à l’appui, il se met à réaliser et monter lui-même ses clips — sous la signature « krys kerone ».

    Pour lui, ce bricolage est tout sauf un pis-aller : c’est « le sens même du underground, l’esprit d’indépendance et la liberté musicale », et surtout un moyen de rester actif. Il ne s’interdit pas, à terme, de déléguer la réalisation à une équipe solide pour se recentrer sur la musique — mais l’autonomie reste, pour l’instant, sa marque de fabrique.

    Une mémoire et des repères

    Interrogé sur ses influences, KERONE déroule une cartographie qui en dit long sur son ancrage. Côté ivoirien, il cite Kiff No Beat, MC One, Bop de Narr, Aura Corp, Widgunz, Andy S, Garba 50 ou encore Himra. À l’international, son panthéon mêle Skillibeng, Young MA, Lil Loaded, Kodak Black, Sheriff la Zone, 63 Kluff. Un mélange de rap ivoire, de drill et de trap qui éclaire son double univers.

    Pourquoi le suivre

    KERONE coche ce qui compte le plus pour IVOIRAP : une inscription culturelle sincère, une démarche authentiquement indépendante, et un univers déjà identifiable porté par sa dualité Kerone / Ron’k. Il lui reste à transformer l’essai — installer son empreinte sur la scène et confirmer sa plume sur la durée.

    Avec « Bonne Énergie » attendue en juin, l’occasion est idéale de garder un œil sur ce profil de l’ombre. On surveille.


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    The Master
    The Masterhttp://www.ivoirap.com
    Ancien rappeur et éditeur en chef à Ivoirap.com

    LA LISTE

    Chaque semaine, IVOIRAP met à jour LA LISTE avec les morceaux qui tournent, les artistes à découvrir et le rap ivoire qui fait l’actualité aujourd’hui.

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