Sogbi Jonathan, alias FIREMAN, est l’un des rares artistes du rap ivoirien à maintenir le cap sans compromis. Ni format, ni tendance, ni validation médiatique. Depuis 2016 et ses débuts avec Firetelli, il construit une œuvre à contre-courant, ancrée dans le ziguehi et le rap pur, armé de punchlines qui font mal parce qu’elles disent vrai. En 2026, il revient avec un programme chargé et une franchise intacte. Entretien sans langue de bois.
IVOIRAP : Tu avais promis une année 2026 chargée — EP, mixtape, album. C’est parti pour tenir parole ?
FIREMAN : Oui, j’ai promis et je compte bien tenir parole. J’ai déjà sorti un EP, Er Hashi, le volume 2 arrive bientôt. Dans la foulée, j’enverrai un autre projet avant de terminer l’année avec l’album. 2026 sera chargé.
Couleur musicale affirmée, agenda assumé : FIREMAN ne tease pas, il annonce. C’est déjà une posture.
IVOIRAP : Une collaboration avec Lord Samosa a été teasée. Troisième duo avec lui — qu’est-ce qu’on peut attendre ?
FIREMAN : Lord Samosa, c’est un rappeur que j’apprécie musicalement et même humainement. On en est à notre troisième collaboration, autant vous dire que ça rappe. On a respecté les codes. J’ai hâte que vous puissiez écouter.
Trois collabs, des codes respectés. Dans un milieu où les featuring se font souvent pour le chiffre, FIREMAN parle d’abord de respect artistique. Le reste suivra.
IVOIRAP : En février 2026, tu as dénoncé un « blacklistage » par certaines pages rap et médias ivoiriens. Qu’est-ce qui s’est passé exactement ?
FIREMAN : J’ai toujours dit haut ce que je déplorais. En 2026, j’ai réitéré mes propos par rapport à certains médias qui ne font pas ce pour quoi ils sont dans le milieu. Ça a créé un tollé — mais c’est pas tombé dans l’oreille de sourds.
Tollé ou pas, la parole est sortie. Et visiblement, elle a atterri là où il fallait. Le silence des autres en dit long.
IVOIRAP : Ta franchise dérange. Certains disent que c’est un handicap dans le rap ivoirien actuel. Ta réponse ?
FIREMAN : Les gens comme moi ont toujours dérangé. Je ne cherche pas à plaire. Je ne m’attends pas non plus qu’on me tienne la main. Chaque fois qu’il y aura une vérité, je vais la dire.
Dans un milieu où beaucoup gèrent leur image comme un portefeuille d’actions, cette ligne-là est presque une anomalie. Et c’est précisément ce qui la rend précieuse.
IVOIRAP : D’autres t’accusent de ne pas t’adapter aux tendances de communication, de tourner le dos au mouvement. Comment tu leur réponds ?
FIREMAN : Qu’ils lâchent un coup et qu’ils aillent streamer. C’est de ça qu’il s’agit.
Cinq mots. Réponse fermée. Débat clos. C’est ça aussi, une punchline.
IVOIRAP : Tu as pointé le manque de formation comme problème structurel du rap ivoirien. C’est vraiment le fond du problème ?
FIREMAN : C’est une petite partie du problème. L’autre grande partie vient de la mauvaise structuration de l’industrie naissante.
Formation et structure : deux mots que peu de rappeurs ivoiriens osent mettre dans la même phrase. FIREMAN, lui, pense l’écosystème, pas seulement le projet.
IVOIRAP : Tu mélanges rap pur et rythmes ziguehi depuis le début. Pourquoi c’est non-négociable pour toi ?
FIREMAN : Il est important d’avoir une identité. Mon public s’est accroché à cette singularité — ce mélange de ziguehi et de rap. Je suis très heureux de voir des frères comme Samo et Abescar rejoindre cette singularité pour laquelle je me suis accroché toutes ces années.
Là où d’autres cherchent encore leur son, FIREMAN a le sien depuis longtemps. Et aujourd’hui il voit d’autres le rejoindre. Ce n’est pas de l’arrogance — c’est de la cohérence récompensée.
IVOIRAP : Influencé par 50 Cent et Booba, tes punchlines sont souvent perçues comme violentes. Comment tu articules ça avec un message social ?
FIREMAN : Les phrases les plus marquantes sont des faits. Donc une punchline qu’on juge violente n’est rien d’autre qu’une vérité.
La violence du rap a toujours été le miroir de la violence du réel. FIREMAN ne l’édulcore pas — il la nomme.
IVOIRAP : Depuis tes débuts en 2016 avec Firetelli, comment ton flow a évolué ?
FIREMAN : Seul le public pourra vous dire. (rires) À mon niveau, j’essaie d’avancer avec les tendances tout en restant authentique.
L’honnêteté de celui qui sait que l’évolution d’un artiste ne s’évalue pas dans son propre miroir. Le public tranche.
IVOIRAP : Dans un rap ivoirien ultra-compétitif — Himra, Didi B et les autres — où tu te situes dans la hiérarchie actuelle ?
FIREMAN : Je suis hors compétition. Pas dans le sens où je suis au-dessus — plutôt dans le sens où je ne suis pas dans le challenge, dans la course à la première place. J’ai le respect de mes compères. Je me contente de prendre plaisir à faire ce que j’aime : rapper.
Hors compétition. Deux mots qui en disent plus que n’importe quel classement. La liberté de celui qui a choisi sa trajectoire.
IVOIRAP : Quel message à la nouvelle génération de rappeurs ivoiriens ?
FIREMAN : De profiter de la lucarne qu’on a aujourd’hui. C’est le moment du Rap Ivoire et avec les réseaux sociaux, tout le monde peut se faire entendre. Il y a de la place pour tout le monde.
Inattendu de sa part ? Peut-être. Ou simplement la preuve qu’un puriste peut aussi être généreux.
IVOIRAP : Et pour toi, c’est quoi le succès en 2026 ?
FIREMAN : Le travail.
FIREMAN rappelle ce que le rap est quand on lui retire les fioritures : une discipline. Un mot, une réponse, un album. Il avance.
Propos recueillis par la rédaction IVOIRAP — Mai 2026


