DZ MÉLO2NOUCHI n’a pas appris le nouchi. Il a grandi dedans. À Riviera Faya, le quartier de Cocody où Gnonto Prince Daniel Désiré a passé toute son enfance, l’argot de rue abidjanais n’est pas une posture — c’est la langue dans laquelle on pense, on dispute, on rigole, on rêve. Quand il pose ce mot au milieu de son nom de scène, ce n’est pas un manifeste. C’est une adresse.
Aujourd’hui, il sort Welcome to Faya 2. Et il commence à parler.
Depuis le CM2
Il rappe depuis l’école primaire. Il dit ça simplement, sans chercher à en faire une légende — juste un fait. Le rap était là, dans sa vie, bien avant que ce soit sérieux. C’est en 2025 qu’il décide de traiter ça comme un travail : enregistrement régulier, projets structurés, distribution sur les plateformes. Un an plus tard, il sort son deuxième album.
Entre les deux, il y a une constante : Fuckingmixbykidyy, son ingénieur son, avec qui il fait de la musique depuis plus de douze ans. Douze ans. Avant les streams, avant les plateformes, avant que « rapper ivoirien » devienne un identifiant Instagram. La relation qui structure sa musique précède de loin la carrière.
DZ
Le « DZ » dans son nom n’est pas une référence à l’Algérie. Il raconte qu’à Marseille, il y avait un gang qui portait ce nom — et que petit, il était « matrixé » par ça. Un gang loyal, des vrais, des gens de la rue qui se couvrent. Il a gardé le nom. Pas par romantisme du banditisme, mais parce que la loyauté et l’ancrage dans la rue, c’est la valeur centrale autour de laquelle il construit son image.
« MÉLO2NOUCHI » est venu en 2025, au moment où il dit avoir trouvé sa propre direction artistique. La mélodie d’un côté, le nouchi de l’autre. Ce n’est pas un hasard de timing : le nom est arrivé avec la conscience de ce qu’il voulait faire.
Himra au terrain de foot
Il y a un détail dans ses réponses qui mérite d’être posé sans sur-interprétation : DZ dit avoir grandi dans la même cité qu’Himra, et avoir fait des freestyles avec lui au terrain de foot. Il cite Himra comme sa référence principale — « l’artiste que j’ai le plus suivi », dit-il, pour sa détermination, son mental, son parcours.
Ce n’est pas une anecdote de name-dropping. C’est une information sur l’environnement dans lequel DZ s’est formé : une cité de Cocody où le rap n’était pas un rêve lointain mais une pratique de quartier, incarnée par quelqu’un qu’il voyait.
Welcome to Faya 2 — Le vécu comme matière première
Sur le premier Welcome to Faya, il posait les bases. Sur le second, il dit avoir voulu aller plus loin dans l’intime : sa vraie vie, son train de vie, les faux amis, la trahison, ce qui se passe vraiment à Faya. L’album s’ouvre sur Train 2 Vie, le titre dont il dit être le plus fier — « je me suis ouvert à mon public ».
Il a assuré lui-même la direction artistique du projet. Les beatmakers sont Le KX, TESLV et Kingdom. Les featurings : Goks, Young Em, Badx55, Kidyy et Apple Black. Les visuels sont signés Skyzo. C’est une équipe, pas un artiste solo isolé — mais une équipe qui vient de la même sphère, construite dans la durée.
Langue de rue, public de rue
À la question sur le nouchi — choix conscient ou simple façon de parler — il répond sans hésiter : « je parle couramment le nouchi, c’est la langue de la rue, et mon public visé c’est les gens de la rue. » Pas de discours sur l’identité culturelle, pas de revendication théorisée. Juste une logique d’adéquation : tu parles à qui tu es, dans la langue que vous partagez.
C’est peut-être ça, la définition la plus honnête du nouchi comme langue maternelle — pas la langue qu’on a apprise en premier, mais celle dans laquelle on se reconnaît.
Ce qu’il reste à construire
DZ MÉLO2NOUCHI est encore un nom qui ne circule pas dans les médias. Sa communauté est petite, sa présence presse inexistante. Il le sait, ou du moins ses chiffres le disent à sa place. Ce deuxième album est le premier vrai test : est-ce que la musique peut voyager au-delà du cercle qui le connaît déjà ?
La réponse n’est pas dans cet article. Elle est dans Welcome to Faya 2, disponible dès aujourd’hui sur toutes les plateformes.
IVOIRAP — Propos recueillis par écrit. Les citations sont des déclarations directes de l’artiste, non modifiées dans leur contenu.



