Juin a été un mois de confirmation.
La confirmation qu’il y a une scène B du rap ivoire — des artistes qui remplissent des cours chaque semaine sans avoir un seul morceau sur Boomplay. Que le zouglou et le rap ont mis trente ans à se parler, et que c’est la communauté, dans les commentaires, qui nous a rappelé les featurings qu’on avait manqués. Que Didi B peut déclarer « j’ai tout gagné ici » un soir de concert à Abidjan, et que cette phrase — si on l’entend vraiment — ne parle pas de lui, elle parle de l’écosystème qui l’a produit.
C’est aussi le mois où on a reçu le plus de dossiers d’artistes depuis qu’on existe. Dix-neuf évaluations. Des profils qui vont du rappeur établi à l’artiste ultra-confidentiel dont on ne sait même pas le nom à l’état civil. Des Abidjan, de la diaspora, du quartier et de l’international. Des projets qui sonnent 2026 et des démarches qui auraient existé en 2012 — et qui méritent d’exister maintenant aussi.
Ce volume nous a appris quelque chose sur nous-mêmes : qu’une grille d’évaluation n’est pas un filtre pour exclure. C’est un outil pour regarder sérieusement ce qui se passe sur la scène, sans se laisser emporter par le buzz ni tirer vers le bas par la méfiance systématique. LionBeat est REJETÉ à 8.5/25, pas parce qu’il ne travaille pas — mais parce que sa démarche n’est pas encore documentée assez pour qu’on puisse en répondre. OJL! est À surveiller, pas parce que son rap n’existe pas — mais parce qu’il n’existe pas encore assez publiquement pour qu’un article l’aide à avancer. Iperkut est PRIORITAIRE à 20.5/25 parce que ce qu’il a construit tient la route face à des critères qu’on a écrits avant même de le connaître. Ce n’est pas de la complaisance. C’est de la rigueur.
Juin, c’est aussi le mois où les BET Awards ont célébré une Afrique — mais une seule moitié. Celle qui parle anglais. Cet article a suscité des réactions. Certains ont dit qu’on se plaignait. D’autres ont dit qu’on posait enfin la bonne question. On a choisi de poser la question plutôt que de trancher — parce que la réponse appartient aux artistes, aux labels, aux managers qui décideront si le rap ivoire veut construire un pont vers le marché anglophone, ou s’il fait mieux là où il est.
Ce qui arrive en juillet
Juillet, c’est la saison des premières. Premiers concerts d’artistes qu’on a couverts en discovery. Premiers retours d’interviews qu’on attend depuis plusieurs semaines. La page de demande de couverture sur ivoirap.com qui doit enfin être en ligne. Et la série Les 9 éléments du Hip-Hop qui continue — trois épisodes à venir ce mois-ci, dont celui sur le Deejayin’.
Juillet, c’est aussi le mois de la Coupe du Monde. Yan Diomandé et Jay-Z ont posé ensemble sur une pelouse de Philadelphie. L’équipe nationale ivoirienne écrit une histoire que le pays n’avait jamais écrite. Ces deux récits — le sport et la musique — ne se confondent pas. Mais ils se déroulent au même moment, dans le même pays, et ils disent la même chose vue de loin : quelque chose se passe en Côte d’Ivoire, et ça commence à se voir.
IVOIRAP continuera de documenter la partie que personne d’autre ne documente. Pas les stades. Pas les certifications. Pas les featurings avec les stars. La culture qui se fabrique avant que quelqu’un décide que ça compte.
C’est pour ça qu’on est là.



