Kanibal MC n’a jamais choisi le rap, il y est tombé dedans, à Cocody Lycée Technique, quelque part au tournant des années 2000. Vingt ans plus tard, après un passage marquant au sein du collectif Dope Skwad et sept années de silence total, l’artiste ivoirien refait surface avec « On Grouille Seulement », premier extrait d’un album à venir. Il revient pour IVOIRAP sur une trajectoire faite de featurings marquants, d’un arrêt brutal jamais vraiment expliqué, et d’un retour qu’il refuse lui-même de nommer comme tel.
RACINES ET DÉCLIC
IVOIRAP — Peux-tu te présenter à celles et ceux qui découvrent Kanibal MC aujourd’hui ?
Kanibal MC — « Salut, moi c’est Kanibal, artiste rappeur, auteur-compositeur-interprète. J’ai fait une bonne partie de mon enfance et de mon adolescence entre Cocody Lycée Technique et la Riviera Palmeraie. Je suis tombé dans le rap comme Obélix dans la potion magique. »
IVOIRAP — Quel a été le déclic, le moment précis où tu t’es dit « je fais du rap » ?
Kanibal MC — « Un son : « On ne lâchera pas l’affaire » de mon groupe de l’époque, Zone Interdite, avec paix à son âme Kamikaz. Et j’avoue, les freestyles et l’ambiance hip-hop de mon quartier, Cocody Lycée Technique, la cité de mon cœur. Un autre son : « Rien Que Pour Toi », le clash que j’ai fait pour Terely, dans le temps. »
IVOIRAP — Quand commences-tu concrètement à écrire, et quel était ton univers musical à l’époque ?
Kanibal MC — « J’ai commencé le rap en 2003, par l’écriture et les freestyles. La vraie et bonne base, quoi. Ma première session studio a eu lieu en 2005, sous l’impulsion de mon binôme de l’époque, paix à son âme Kamikaz, au Studio Karma, un studio que je fréquente toujours aujourd’hui. J’ai été influencé, dès le jeune âge, par la musique, le rap en particulier, pour ses textes et ses flows. En France : IAM, Arsenik, Lunatic, la Mafia K’1 Fry, Oxmo Puccino, Ol’Kainry. Aux États-Unis : Wu-Tang Clan, Tupac, Biggie, Mobb Deep, Nas, Jay-Z, Eminem. Et au pays, en Côte d’Ivoire : Almighty, Stezo, Don Serge et M.A.M. »
L’AVENTURE DOPE SKWAD
IVOIRAP — Comment as-tu rejoint Dope Skwad Entertainment ?
Kanibal MC — « J’ai rejoint le collectif Dope Skwad en 2011, après m’être fait découvrir sur internet par NunShack en 2009, lorsque je finissais l’enregistrement de ma première mixtape. »
IVOIRAP — Comment fonctionnait le crew à l’époque ?
Kanibal MC — « Dans le crew, au départ, nous étions plus d’une dizaine, de divers horizons, mais tous ivoiriens. Certains vivaient au pays, l’autre partie du collectif était entre le Canada, la France et les États-Unis. NunShack avait le lead sur la plupart des projets, en tant que beatmaker, directeur artistique, coproducteur ou producteur. Les sessions studio se faisaient soit à Abidjan, soit à distance, studio interposé. Pour les featurings, chaque artiste était libre de ses choix, mais le collectif recommandait certaines collaborations, comme mon premier morceau avec Garba 50 ou Kajeem. »
IVOIRAP — Comment vivais-tu cette dynamique diaspora, à distance des studios DSIDE ?
Kanibal MC — « J’ai kiffé cette période. J’ai appris beaucoup sur les différentes façons de collaborer, même en n’étant pas dans le même pays. Je dirais que ça m’a bonifié. »
IVOIRAP — Quels souvenirs gardes-tu de cette période ?
Kanibal MC — « Je garde de très beaux souvenirs de cette époque. Je ne regrette rien. Je pense aux shows de Tikal Production, aux soirées hip-hop, à certains sound systems. Moment fondateur pour moi : la sortie de ma première mixtape en téléchargement. »
LA DISCOGRAPHIE DES DÉBUTS
IVOIRAP — Peux-tu revenir sur tes mixtapes « Destinée Vol.1 » et « Destinée Vol.2 » ?
Kanibal MC — « Destinée Vol.1 est sorti le 31 décembre 2009, en téléchargement gratuit. J’ai commencé à enregistrer en 2008, ça m’a pris un peu plus d’un an. Pour Destinée Vol.2, nous avons eu, avec le collectif Dope Skwad, pas mal de mauvaises surprises qui ont retardé la sortie du projet. Nous avons commencé à enregistrer en 2013-2014, pour sortir le projet en mars 2017, si j’ai bonne mémoire. À travers cette série de mixtapes, je voulais raconter qu’il était important de suivre sa destinée, et que la musique faisait partie entière de la mienne. »
| NOTE DE LA RÉDACTION — Kanibal MC présente « Destinée Vol.1 » comme la première mixtape ivoirienne diffusée en téléchargement gratuit. Cette antériorité relève de sa déclaration et n’a pas pu être vérifiée de façon indépendante à ce jour. IVOIRAP la publie comme telle et reste ouvert à toute source permettant de la confirmer ou de la nuancer. |
IVOIRAP — « Nouci Love », avec Kayasan, reste la trace la plus visible de cette période. Comment est né ce titre ?
Kanibal MC — « Je rencontre Kayasan par l’intermédiaire de son époux, Kilo G, qui était ingénieur du son dans ses heures perdues. Avec NunShack, sur le projet, on s’était dit qu’il fallait sortir un morceau qui allait aussi plaire aux dames. C’est comme ça qu’est née, avec le recul, cette collaboration d’anthologie. »
IVOIRAP — D’autres featurings ou projets de cette époque que tu voudrais remettre en lumière ?
Kanibal MC — « Oui, plein : « Dans Mon Ghetto » feat. Garba 50, « Abidjan La Joie » feat. DJ Kedjevara, « Babi Est Mal Dur » avec Kiff No Beat sur leur mixtape Jackson 5, « Destinée » feat. Kiff No Beat et Vamos sur Destinée Vol.2, « Dis Leur » feat. Kajeem, « Du Fond du Cœur » avec Kella et Vally, ou encore « Enfant du Bled » feat. Lio Petrodollars, de Sexion d’Assaut. »
LA PAUSE
IVOIRAP — Tu as connu plusieurs années de pause musicale. Peux-tu nous situer cette période ?
Kanibal MC — « J’ai ralenti fin 2017, pour des raisons que je préfère taire. Cette pause a duré sept ans, avant que je reprenne la route du studio, courant 2024. »
| NOTE DE LA RÉDACTION — Kanibal MC a choisi de ne pas détailler les raisons de cet arrêt. IVOIRAP respecte ce choix et n’a pas cherché à les documenter par ailleurs. |
IVOIRAP — As-tu complètement arrêté d’écrire pendant cette pause ?
Kanibal MC — « Oui, j’avais complètement arrêté d’écrire. Je n’écoutais presque plus de musique. J’avais tout effacé de mon téléphone, les beats, mes sons. J’étais en retrait, puis en observation, puis en soutien à d’autres artistes qui ne le reconnaîtront sûrement jamais. »
IVOIRAP — Comment as-tu vécu, depuis l’extérieur, l’évolution du rap ivoirien pendant ton absence ?
Kanibal MC — « Je dirais que j’ai quand même vécu ça de l’intérieur. Kiff No Beat, ça ne m’étonnait pas vraiment, surtout pour un groupe de cinq talents. Pour Didi B en solo, j’avoue avoir bien aimé « History », mais à part ça, je me perds un peu dans ses choix musicaux. Je dirais qu’en général, ce qui arrive au rap ivoirien aujourd’hui est la meilleure chose qui pouvait lui arriver. Il manque encore un peu d’écriture, de flows, de recherche musicale et de prise de position, mais je crois qu’avec le temps, les choses vont s’améliorer. »
| NOTE DE LA RÉDACTION — Cet avis engage exclusivement Kanibal MC et ne reflète pas une position éditoriale d’IVOIRAP. |
LE RETOUR
IVOIRAP — Qu’est-ce qui a déclenché ton retour ?
Kanibal MC — « Le retour, je ne vois pas vraiment ça comme un retour, vu que je dormais en crocodile. Un événement ? Je dirais un refrain dans ma tête : « On Grouille Seulement ». Un morceau dans mon esprit, « MaXXimum », qui sera sur l’album du même nom, MAXXIMUM, comme l’émission de paix à l’âme de Baba Coul, la première émission hip-hop télévisée à succès de Côte d’Ivoire. Aussi, un projet de signature avec Universal Music Africa, qui n’a pas abouti. »
IVOIRAP — Parle-nous de « On Grouille Seulement ». D’où vient ce titre ?
Kanibal MC — « C’est un son pour les chercheurs, les grouilleurs, les battants, ceux qui ont compris que le jeu s’arrête quand le cœur arrête de battre. C’est un morceau pour ceux qui voulaient devenir docteur mais sont devenus plombier, pour ceux qui voulaient devenir président mais sont devenus rebelles. »
IVOIRAP — Sur le plan artistique, qu’est-ce qui a changé depuis l’époque Dope Skwad ?
Kanibal MC — « Je préfère vous laisser découvrir ça au fur et à mesure que je dévoile les extraits du projet. Vous jugerez de vos propres oreilles. »
IVOIRAP — As-tu d’autres sorties prévues dans les mois qui viennent ?
Kanibal MC — « Oui, je prévois de sortir un extrait de mon projet MAXXIMUM à une fréquence régulière, cette année 2026, puis l’album intégral, courant 2027. »
REGARD ET TRANSMISSION
IVOIRAP — Qu’est-ce qui fait, selon toi, qu’un artiste appartient vraiment au hip-hop ivoirien plutôt qu’il ne l’utilise ?
Kanibal MC — « Les textes, les flows, les choix de prods, la recherche musicale, les collaborations, les freestyles et les influences musicales sont les réels indicateurs pour savoir qui appartient à ce mouvement, ou qui l’utilise. »
IVOIRAP — Qu’aimerais-tu dire à ceux qui te découvrent avec ce retour, sans connaître Dope Skwad ni « Destinée » ?
Kanibal MC — « Pour ceux qui me découvrent, qu’ils sachent que je veux juste faire de la bonne musique, du bon rap, sans m’afficher ni prétendre à un quelconque succès, que ce soit aux yeux des hommes, ou encore moins prétendre être le plus fort. »
CONCLUSION
De Cocody Lycée Technique aux studios partagés entre Abidjan, Montréal et Paris, Kanibal MC referme une décennie de silence sans jamais renier celle qui l’a précédée. « On Grouille Seulement » n’ouvre pas un nouveau chapitre, il reprend une phrase interrompue en 2017. La suite s’écrira extrait après extrait, jusqu’à l’album MAXXIMUM annoncé pour 2027. IVOIRAP suivra cette sortie de près.
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