Beatmaker de la scène trap ivoirienne, Young Samosa a fait un choix que beaucoup repoussent : rester derrière les machines. Il construit des ambiances sombres et mélodiques pour que d’autres y racontent leur histoire, comme Kerone sur « Adjame Insécurité ». Sa mixtape Before the Chaos est annoncée pour novembre.
On l’associe parfois au rôle d’artiste. Lui a tranché : aujourd’hui, Young Samosa se définit « uniquement comme beatmaker ». Ce choix éclaire tout son parcours, de sa manière de composer jusqu’à la place qu’il occupe dans la trap ivoirienne.
Sur une scène où la visibilité se joue souvent au micro, ce positionnement n’a rien d’anodin. Le beatmaker travaille en amont, là où le public regarde rarement. Young Samosa assume cette place et en fait le cœur de son projet.
Un grand frère, un studio, un tournant
Son premier contact avec le Hip-Hop date de 2017. C’est son grand frère qui lui fait découvrir cet univers. L’intérêt s’installe ensuite « petit à petit », raconte-t-il.
Le passage à la création vient plus tard, dans un moment douloureux. « Je pense que c’est après le décès de ma maman que j’ai vraiment commencé à voir la musique autrement », confie-t-il. À cette période, il accompagne souvent des amis au studio. Il observe, puis décide un jour de s’y essayer sérieusement.
La musique devient alors pour lui « une manière d’exprimer ce que je ressentais ». Cette idée, exprimer une émotion plutôt que livrer un simple fond sonore, traverse toute sa démarche.
Beatmaker, et rien d’autre
Une playlist intitulée « prod by samosa » circule sous son nom, et il lui arrive d’apparaître comme artiste. Quand IVOIRAP lui demande comment il se définit, la réponse est sans détour : « Aujourd’hui je me définis uniquement comme beatmaker. » Il préfère, explique-t-il, se concentrer « sur la production musicale et sur la création d’univers ».
Il n’appartient à aucun groupe ni collectif. Il produit principalement pour d’autres artistes et cite des collaborations avec Ozaki, PlugBinks, Goks, 77Wog et Kerone.
Faire ressentir avant la voix
Son terrain reste la trap, dans des couleurs qu’il décrit comme « sombres et mélodiques ». Mais ce qu’il met en avant, c’est d’abord une méthode. « La plupart du temps je pars d’une émotion ou d’une ambiance que j’ai en tête, puis je construis l’instrumentale autour de ça. »
Une mélodie ou une sonorité fixe la direction. Les drums et les autres éléments viennent ensuite, pour installer ce qu’il appelle « une vraie atmosphère ». Son objectif tient en une phrase : que la prod « fasse ressentir quelque chose avant même que l’artiste pose sa voix ».
C’est là qu’il situe sa différence. « Je [ne] cherche pas seulement à faire une bonne instru mais à créer un véritable univers dans lequel l’artiste peut raconter son histoire. »
« Adjame Insécurité » : le récit de Kerone, le décor de Samosa
Le titre « Adjame Insécurité » illustre ce partage des rôles. Young Samosa en signe la production, et uniquement la production. Le vécu raconté appartient à Kerone, qui a choisi de mettre en musique une agression subie à Adjamé.
« De mon côté, j’ai surtout cherché à créer une production qui puisse accompagner et renforcer son histoire », explique le beatmaker. La formule résume sa conception du métier : servir un récit qui n’est pas le sien, sans le recouvrir.
Damso comme boussole
Parmi les artistes qui l’ont marqué, il cite d’abord Damso. Il en retient « son univers, sa manière de raconter les choses et de transmettre des émotions », et surtout « une vraie identité artistique ». La référence éclaire son propre objectif : bâtir une signature reconnaissable.
Pour lui, le Hip-Hop est « bien plus qu’un style musical ». C’est « une culture et une manière de s’exprimer », un mode de vie « qui permet de raconter ce qu’on vit, ce qu’on ressent ».
Before the Chaos, rendez-vous en novembre
Le projet qui l’occupe a désormais un nom : Before the Chaos. Il s’agit d’une mixtape, annoncée pour novembre, qui doit compter entre 10 et 11 titres. Le principe tient en une formule, la sienne : « un artiste, une prod ».
Young Samosa y réunit plusieurs artistes issus, selon lui, « de différents genres ». Le détail compte : lui qui revendique d’abord la trap sombre et mélodique devra construire un univers cohérent pour des voix qui ne viennent pas toutes du même endroit.
Le titre n’a rien d’un hasard. Pour le beatmaker, Before the Chaos « annonce l’ouverture d’une ère ». Et qui dit ouverture dit fin : il évoque déjà une suite possible, « peut-être After the Chaos ». Pour l’instant, c’est une piste, pas une annonce.
Pas de promesse démesurée
À plus long terme, il se voit toujours beatmaker, dans le rap ivoirien et « pourquoi pas » à l’international. L’ambition affichée : « faire grandir [son] univers et travailler avec de plus en plus d’artistes ».
Quand on lui demande ce qu’il aimerait apporter que personne n’apporte, il refuse la surenchère. « Personnellement je [ne] cherche pas forcément à apporter quelque chose d’extraordinaire. Je fais surtout la musique qui me plaît et j’essaie de créer des prods qui me ressemblent. » Son dernier mot s’adresse aux autres : « croire en vos rêves ».
L’avis d’IVOIRAP
Young Samosa a une qualité rare à ce stade d’un parcours : il sait ce qu’il est. Il ne revendique pas le récit des autres, il ne gonfle pas ses ambitions, et il décrit sa méthode avec précision. C’est une base solide.
La suite se jouera sur un point : rendre sa signature audible. Pour un beatmaker, l’identité se mesure à la capacité d’un auditeur à reconnaître une prod avant de lire les crédits. « Before the Chaos » sera ce test. Une mixtape où chaque titre associe un artiste différent à une prod de Young Samosa est le terrain idéal pour vérifier une chose : ses atmosphères tiennent-elles d’un morceau à l’autre, quel que soit l’artiste au micro ?
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