Il refuse qu’on l’enferme dans une seule case. Quand on lui demande s’il se reconnaît dans le « dark plugg » ou le « DMV », étiquettes qu’on colle spontanément à sa musique, Plugbinks131 corrige : il fait du « PLUGBINKS » — un mélange assumé de DMV et de trap, ni tout à fait l’un, ni tout à fait l’autre. C’est cette position d’entre-deux, revendiquée plutôt que subie, qui structure tout son projet artistique.
Un blaze né d’un collectif de quartier
Avant d’être un nom de scène, « 131 » désignait un groupe d’amis rappeurs de la Riviera Attoban, où Plugbinks131 dit avoir grandi. Lui se faisait appeler « Plug ». En fusionnant les deux, il a voulu se différencier tout en gardant une trace de cette origine collective — 131 est devenu, selon ses mots, « une signature », « un repère » qui porte son identité artistique. L’histoire, si elle se vérifie, dit quelque chose d’assez classique dans le rap ivoirien émergent : le blaze individuel qui naît d’abord d’un attroupement de quartier, avant de s’en détacher pour devenir une marque personnelle.
Un genre revendiqué plus qu’hérité
Sur le plan sonore, Plugbinks131 ne se contente pas de reprendre les codes du DMV — cette vague de plugg sombre venue d’internet et largement diffusée sur les plateformes ces dernières années. Il dit vouloir la faire dialoguer avec la trap, sans trancher entre les deux. Concrètement, cela s’entend dans des titres comme DMV SHIT !!!, son morceau le plus écouté à ce jour, né — selon son récit — d’une volonté délibérée de proposer « un son jamais entendu » sur la scène ivoirienne.
Sur l’écriture, il revendique une approche instinctive plutôt que construite : « tout commence par une prod qui m’inspire, ensuite je laisse venir le flow et les paroles naturellement. » Une manière de faire qui colle à l’esthétique plugg — l’ambiance avant la démonstration technique — mais qui laisse aussi peu de prise à l’analyse formelle tant que le corpus de textes reste aussi restreint.
BVNTO GELES, un collectif de huit
Plugbinks131 n’évolue pas seul. Il fait partie de BVNTO GELES, un collectif de huit membres (aux côtés de FKL, Lordyg, Maniki Le Iri2oro, Lebaye, Sheff T, Mk Svnto et Spirou LLD), et multiplie les featurings avec des artistes de la même mouvance — Big Fudji, GOKS, Saintruand, Petit Nouchi — qu’il présente comme des rencontres naturelles, nées de l’écoute mutuelle plutôt que de calculs de visibilité.
Une trajectoire plus ancienne qu’elle n’y paraît
Si sa musique circule surtout depuis un an, Plugbinks131 affirme faire du rap depuis six ou sept ans — une chronologie cohérente avec ses premiers freestyles publiés sur SoundCloud dès 2020. Entre ces deux dates, il dit s’être concentré sur ses études avant de prendre la musique « au sérieux, de manière professionnelle » récemment. Le décalage entre ancienneté et exposition publique est fréquent dans le rap ivoirien indépendant, où la maturation artistique précède souvent, de plusieurs années, la visibilité en ligne.
Interrogé sur le « rap tchaipo » évoqué récemment par Lesky pour désigner son propre style, Plugbinks131 y voit un écho à sa propre musique — allant jusqu’à affirmer que le rappeur de Yamoussoukro aurait « validé son mouvement ». Une lecture qui reste, à ce stade, une déclaration de l’artiste lui-même, non une filiation confirmée par les deux parties.
Ce que Plugbinks131 pose, en creux, c’est moins une esthétique figée qu’une posture : refuser qu’on le range dans une case déjà écrite, quitte à devoir en inventer une pour lui-même. Reste à voir si ce positionnement entre deux mondes tiendra sur la durée d’un catalogue plus étoffé.



