Bigkey avant le rap. C’est ainsi qu’il se présente — et le détail compte. Bogolo Bigkey est né et a grandi à Treichville, commune du sud d’Abidjan dont il fait non pas le décor, mais l’ADN de toute son architecture artistique. Le surnom « Bogolo » lui colle à la peau depuis l’enfance — le petit gros de la cour commune, rue 12, entre les maquis d’Arras et le bruit permanent d’un quartier qui n’a jamais appris à chuchoter. « Bigkey » vient après, quand les morgor du coin commencent à dire qu’il a la clé pour ouvrir les portes. Bogolo Bigkey : le petit gros de Treichville qui débloque.
Le déclic rap arrive en 2009, sur un baffle branché dehors par un grand du quartier. Il ne comprend pas tous les mots, mais il comprend l’essentiel : « le rap c’est pas chanter, c’est régner. » Youssoupha viendra ensuite confirmer qu’on peut rapper en français et dire des vraies choses. Mais c’est Young Thug qui fixe définitivement l’étalon — l’énergie, pas la syntaxe.
Il commence à freestyler dans les couloirs du collège, enregistre une première maquette en 2015 dans une chambre à Locodjro avec un micro à quinze mille francs, en compagnie de CLC. La sortie officielle attend 2020. Entre-temps : un call center, des petits boulots, la rage comme seul plan B.
Djandjou (2022) puis Abidjan (2023) posent les jalons d’une discographie en construction. En 2025, il franchit un cap avec TreichTrap, mixtape neuf titres réalisée avec les producteurs 18H et Yannoski — un titre qui s’est imposé de lui-même : « mettre Treichville dans le titre c’était dire aux petits du quartier que leurs histoires valent de l’or. » Son processus d’écriture part toujours de la prod, toujours d’une image précise — un petit qui court avec un sachet d’eau, une descente de police, un vieux au damier. « Si je rature trop c’est que le texte est faux. »
Un album solo est annoncé pour fin 2026, sur une ligne Trap US x Trap Abidjanaise. La vision à cinq ans : trois projets solides, une tournée sous-régionale, et un studio à Treichville pour les petits. « L’impact c’est quand un enfant de Belleville te dit : j’ai arrêté la rue grâce à ton son. »


