Animatrice de Hip Hop Express sur Fréquence 2, Sarah Tanguy parle de son activisme, de sa vision du Rap Ivoire et lance un appel sans détour aux rappeurs ivoiriens.
INTRODUCTION
Elle voulait être une star. Elle l’est devenue à sa façon — une voix, chaque samedi, portée par les ondes de Fréquence 2. Sarah Tanguy anime Hip Hop Express depuis 2021, après des années d’activisme discret dans les recoins de la scène Hip-Hop abidjanaise : des posts sur les sorties d’artistes, des vidéos, des showcases de Defty à Fireman, une présence constante là où le rap se jouait sans lumières. C’est Ozone Afrique Bamba — son prédécesseur à l’antenne — qui lui ouvre la porte de Fréquence 2. Elle passe le test. Elle reste.
Aujourd’hui, Sarah Tanguy est l’une des rares femmes à porter le Hip-Hop à l’antenne d’une grande radio publique ivoirienne. Sans posture mais avec méthode, elle parle de son chemin, défend une vision de la musique ancrée dans le flow et la punchline — peu importe l’étiquette — et lance, en guise de mot de fin, un appel direct aux rappeurs ivoiriens : samplez, ou passez à côté de la gloire.
PARCOURS
IVOIRAP — Qu’est-ce qui t’a attirée vers la radio et vers l’animation en particulier ?
Sarah Tanguy — Au départ, je voulais être une star — c’est tout ce que je voulais. J’ai chanté, j’ai fait des films, j’ai fait un peu de tout. Et bizarrement, c’est la radio qui m’a réussie. Pour l’animation, mon père avait l’art de la parole. Il a été DJ platine, technicien radio, animateur d’événements — il avait déjà ça en lui. Et j’admirais les personnes qui s’exprimaient bien, parce que quand quelqu’un s’exprime bien, il capte l’attention. Et moi, je voulais capter l’attention des gens. L’animation, je me suis dit que c’était l’un des plus beaux métiers pour ça. Toujours dans ce désir d’être la star que je voulais être.
IVOIRAP — Comment es-tu arrivée à Hip Hop Express sur Fréquence 2 ?
Sarah Tanguy — En 2018 j’ai commencé par l’activisme Hip-Hop sur les réseaux sociaux — du contenu écrit sur les sorties des artistes, puis des vidéos. C’est comme ça que je me suis fait remarquer par Ozone Afrique Bamba, qui m’a invitée à l’un de ses événements. C’était en décembre 2018, lors du tout premier concert de All Black. De là, j’ai commencé à marcher avec lui — je suivais les artistes partout, les showcases de Defty, de Fireman, pour qu’on sache que j’existe. Quand Ozone a quitté Fréquence 2, il m’a signalé le recrutement. J’ai passé le test. J’ai été retenue.
IVOIRAP — Tu animes des émissions très différentes sur Fréquence 2. Comment tu gardes une identité propre à travers tout ça ?
Sarah Tanguy — Je sais faire la part des choses — c’est aussi simple que ça. Chaque émission a son contenu, donc je m’adapte. Pour Un « Truc de Ouf », axé sur l’éducation et la valorisation des profils qu’on reçoit, j’adapte mon ton en conséquence. Pour Hip Hop Express, c’est mon état naturel. Délirer avec mes gars, c’est ce que je fais habituellement. Ça passe crème.
« Hip Hop Express, c’est mon état naturel. »
HIP HOP EXPRESS
IVOIRAP — Quelle est pour toi la mission première de l’émission : vitrine pour les artistes, éducation Hip-Hop, ou divertissement ?
Sarah Tanguy — L’émission regorge un peu de tout ça. On révèle des talents, on donne la possibilité aux gens de donner leur avis sur le Hip-Hop, on met en avant les artistes, on donne des informations. Ce n’est pas une seule chose — c’est tout à la fois.
IVOIRAP — Sur quels critères tu choisis tes invités ?
Sarah Tanguy — Je choisis les invités sur les projets qu’ils sortent. Si un artiste a sorti un album, un EP, une mixtape, je me dis qu’il faut lui donner un coup de main dans sa communication — je l’invite pour qu’il vienne en parler. Et si un artiste sort un single qui marche bien ou qui me parle directement, je l’invite pour que tout le monde puisse l’écouter et donner son avis.
IVOIRAP — Tu as une liberté éditoriale réelle, ou tu dois composer avec les contraintes de la radio publique ?
Sarah Tanguy — Pour Hip Hop Express, on a notre langage particulier — propre aux émissions de rap. Mais étant sur une radio publique, on doit se censurer : les gros mots ne passent pas, certaines musiques trop hardcore non plus. Donc je me censure naturellement sur ce qui est trop dur. Sinon, sur le fond éditorial, j’ai ma liberté.
RAP IVOIRE & VISION CRITIQUE
IVOIRAP — Le Rap Ivoire mélange trap, nouchi, Coupé-Décalé, Afrobeats. Tu valides cette évolution ou tu la questionnes ?
Sarah Tanguy — Je valide. Et ce n’est pas que dans le Rap Ivoire — tous les genres musicaux évoluent. Il faut rester attentif à tout ce qui se fait, tirer l’essentiel et avancer avec. C’est comme ça que la musique avance.
IVOIRAP — Entre purisme Hip-Hop et hybridation Rap Ivoire — où tu te situes personnellement ?
Sarah Tanguy — Je me situe au niveau de la musique. J’aime la musique. Que ce soit Hip-Hop pur ou hybride, dès que je retrouve ce que je recherche — le flow, la bonne punchline, les rimes, ce petit truc — je valide. Old school ou new school, tant qu’il y a ce petit truc, je suis là.
« Dès que je retrouve le flow, la bonne punchline, ce petit truc — je valide. »
IVOIRAP — Le Hip-Hop porte historiquement un message social. Le Rap Ivoire d’aujourd’hui le porte encore ?
Sarah Tanguy — Bien sûr. Dans le Rap Ivoire, il y a de tout. Il y a des artistes qui n’envoient pas forcément des messages sociaux. Mais il y en a d’autres qui font l’effort — et qui le font très bien, et que les gens apprécient d’ailleurs. Ça dépend d’où tu te situes. Le Rap Ivoire porte toujours ce message : certains revendiquent, d’autres amusent. Et ça dépend de ce que tu choisis d’écouter.
MÉDIAS & TRANSMISSION
IVOIRAP — La radio publique ivoirienne éduque suffisamment le public sur la culture Hip-Hop, ou elle suit juste les tendances ?
Sarah Tanguy — C’est nous qui faisons la radio publique ivoirienne. Je dirais qu’on éduque — on ne se contente pas de suivre la tendance. Tu peux être dans la tendance, mais si ça n’apporte rien à l’auditeur, on va le diffuser, mais on va passer nos informations quand même. Pour nous, il est très important que les personnes qui nous écoutent puissent s’informer, se former et se divertir. C’est d’ailleurs aussi le slogan de la RTI.
IVOIRAP — Si tu refaisais Hip Hop Express de zéro, tu changerais quoi ?
Sarah Tanguy — Je ne changerais rien pour l’instant. Je trouve que l’émission est belle comme ça. Ça me plaît.
QUESTION FINALE
IVOIRAP — En une phrase — le Hip-Hop ivoirien devrait être ?
Sarah Tanguy — Le Hip-Hop ivoirien mérite de sampler. Il ne doit pas se censurer. Samplez, samplez, samplez. Faites-nous revivre les vrais morceaux — et vous allez voir, la gloire va venir. Et puis, arrêtez d’être égocentriques.
« Samplez, samplez, samplez. Faites-nous revivre les vrais morceaux — et la gloire va venir. »
Propos recueillis par la rédaction IVOIRAP.
IVOIRAP — L’âme authentique du Hip-Hop ivoirien


