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    L’affaire « Coup du marteau » : Mais qui paie la SACEM ?

    Un single Platine en France. Des millions de streams. Et une question que personne ne veut répondre clairement : qui a touché quoi ?


    1. Ce qui s’est passé en janvier 2025

    Tout commence mi-janvier 2025 avec une capture d’écran. Un bulletin de déclaration à la SACEM — document interne, normalement confidentiel — circule sur les réseaux sociaux. Il révèle la répartition des droits d’auteur de Coup du marteau, le titre de coupé-décalé devenu l’hymne officieux de la CAN 2023, certifié Single de Platine en France en octobre 2024 : un exploit inédit pour un son issu de la scène ivoirienne.

    Les chiffres sont brutaux. Tam Sir s’attribue 87 % des recettes déclarées à la SACEM. Ste Milano reçoit 5 %, Renard Barakissa 2 %, Elvis Kemayo et Willy Bénédiction 1,5 % chacun. Samo Samo, Toumaléwé et Toumi n’apparaissent pas, ou sont à zéro. Selon les estimations circulant dans la presse ivoirienne, Coup du marteau aurait généré environ 500 millions de francs CFA — 750 000 euros.

    Ce bulletin de déclaration n’est pas un document public. Il n’a pu être partagé que par quelqu’un ayant accès au compte SACEM du projet. Ce n’est pas une fuite : c’est une bombe posée de l’intérieur.

    La polémique enflamme les réseaux d’Afrique francophone. Tam Sir, en France au moment des faits, ne réagit pas publiquement dans l’immédiat. Selon des sources proches de l’artiste, il aurait engagé un avocat. Le litige aboutira, le 24 décembre 2025, à une décision du juge des référés ordonnant la suspension immédiate de diffusion du titre sur l’ensemble du territoire ivoirien — avec une astreinte de 100 000 francs CFA par jour de retard. Coup du marteau interdit de diffusion pendant la CAN 2025, au Maroc, par les prétoires d’Abidjan.

    2. Ce que dit Zagba Le Requin

    Zagba Le Requin, leader de la Team Paiya, prend la parole sur NCI. Son récit est celui d’une confiance détruite, pas d’une simple erreur administrative.

    Il déclare : « J’avais l’impression qu’il viendrait au moins me consulter pour avoir mon avis. Je n’ai jamais vu de contrat au départ, mais je me disais que tout serait réglé une fois le travail terminé. » Il explique avoir découvert le contrat à Paris, son nom inscrit avec un pourcentage fixé unilatéralement. Il ajoute : « Ni Samo ni Toumaléwé ne sont mentionnés dans les déclarations à la SACEM. Au BURIDA, on m’a dit que nous étions déclarés, mais je n’ai jamais signé aucun document. »

    Ce dernier point est le plus lourd. Être déclaré sans avoir signé, c’est une déclaration unilatérale. Personne ne peut soutenir qu’une déclaration sans signature est une erreur de bonne foi.

    3. Ce que dit Kommander Samo

    Samo Samo, lui, parle technique. Sur la télévision nationale ivoirienne, il annonce la préparation d’un Coup du marteau Acte 2 pour la CAN 2025 — sans Tam Sir. Il est direct : tant que le litige sur les droits du premier acte n’est pas réglé, aucune collaboration n’est envisageable.

    Sur le fond, il déclare : « On parle des droits de la SACEM et là, normalement, si tu as participé à la chanson tu dois percevoir des droits. Personne n’a été consulté. Tout a été décidé en secret. Ce n’est pas juste. »

    Tam Sir répondra ultérieurement, en ciblant un contradicteur sur les réseaux : « Depuis le mois de mars, chaque personne qui a travaillé sur Coup du marteau a signé les papiers du BURIDA et de la SACEM, y compris Elvis Kemayo pour la reprise de Venez Danser. » Zagba Le Requin dément avoir signé. La contradiction est frontale. Et sans production des documents, la parole de Tam Sir ne vaut pas plus que celle de ses contradicteurs.

    4. Qui paie la SACEM — et qui la SACEM paie

    C’est la question centrale. Elle est rarement posée clairement. La voici.

    Ce sont les diffuseurs qui paient la SACEM, pas les artistes. Chaque fois que Coup du marteau est streamé sur Spotify, Apple Music ou Deezer, chaque fois qu’il passe en radio, chaque fois qu’il est utilisé dans une publicité ou diffusé dans un espace public, la plateforme ou le diffuseur verse une redevance à la SACEM. C’est obligatoire. La SACEM collecte, déduit ses frais de gestion, et redistribue.

    La redistribution suit la clé de répartition déclarée au moment du dépôt de l’œuvre. Sur une œuvre avec arrangeur mais sans éditeur, la SACEM applique une répartition type entre auteur des paroles, compositeur de la musique et arrangeur — chaque catégorie ayant une fraction statutaire. C’est cette clé déclarée qui détermine, pour chaque euro collecté par la SACEM, combien va à qui.

    Dans le cas de Coup du marteau, Tam Sir a déclaré une clé de 87 % en sa faveur. Résultat mécanique : pour chaque euro que les plateformes versent à la SACEM au titre de ce morceau, 87 centimes vont à Tam Sir. Ce n’est pas une décision de la SACEM. La SACEM n’arbitre pas les conflits internes aux groupes. Elle redistribue ce qui a été déclaré, à ceux qui ont été déclarés.

    Mais une précision fondamentale s’impose ici, et c’est celle que la plupart des commentaires ont omise : la SACEM ne couvre que les droits d’auteur — ceux des auteurs des paroles, des compositeurs de la mélodie, et des arrangeurs. Elle ne couvre pas les artistes-interprètes. Un danseur, un performer, un membre d’un groupe qui chante mais n’a pas écrit les paroles ni composé la musique n’a juridiquement rien à revendiquer à la SACEM — même si sa contribution artistique est réelle et visible dans le clip.

    Les droits des artistes-interprètes relèvent d’un régime distinct : les droits voisins, gérés en France par l’ADAMI et la SPEDIDAM, et en Côte d’Ivoire par le BURIDA. Ces droits rémunèrent la performance, l’enregistrement, la présence physique sur le titre. C’est là que le litige prend toute son ampleur : selon les membres de la Team Paiya, Tam Sir se serait également déclaré seul auteur et compositeur auprès du BURIDA — captant ainsi non seulement les droits d’auteur SACEM, mais aussi les droits voisins issus des streams, téléchargements et diffusions en Côte d’Ivoire.

    Si cette version est exacte, les membres de la Team Paiya qui chantent et performent sur le titre auraient été privés à la fois des droits d’auteur SACEM et des droits voisins BURIDA. Ce serait une double exclusion, pas une simple négligence administrative.

    5. Ce que l’industrie ivoirienne doit changer

    L’affaire Coup du marteau n’est pas un fait divers. C’est un révélateur. Et ce qu’il révèle est structurel.

    Le contrat doit précéder le studio. Aucun projet collectif ne devrait commencer sans un accord écrit sur la répartition des droits — auteur, compositeur, arrangeur, interprète. Pas après la certification Platine. Avant le premier couplet. L’APRODEMCI et le BURIDA ont la capacité de diffuser des modèles de contrats simplifiés adaptés à la réalité d’une scène où les collaborations se construisent encore sur la confiance et le téléphone. Cette capacité doit devenir une obligation pratique.

    La distinction SACEM / droits voisins doit être enseignée. Trop d’artistes ivoiriens ignorent que signer une chanson à la SACEM et être reconnu comme artiste-interprète au BURIDA sont deux choses différentes, relevant de deux régimes juridiques distincts, avec deux types de revenus distincts. Cette confusion profite systématiquement à celui qui maîtrise les mécanismes — et pénalise ceux qui font confiance.

    La déclaration doit être cosignée. Qu’un artiste puisse inscrire les noms de ses collaborateurs à la SACEM ou au BURIDA avec des pourcentages qu’ils n’ont jamais validés est le vrai scandale de cette affaire. Une règle simple : toute déclaration à un organisme de gestion des droits impliquant plusieurs ayants droit doit être accompagnée de la signature de chacun d’eux. Ce n’est pas une réforme complexe. C’est une règle de base que rien n’empêche d’imposer.

    L’affaire Coup du marteau ne sera pas la dernière. La scène ivoirienne produit des hits panafricains à une cadence qui s’accélère. Les enjeux financiers grandissent avec eux. La question n’est pas de savoir si une prochaine affaire éclatera. C’est sur quelle chanson — et si, cette fois, les artistes auront signé leurs contrats avant d’entrer en studio.


    Sources : Lebonas.com, Critikmag, Afrique-sur7, Gnakrylive, Pulse CI, Sahel Tribune, Allafrica, Connectionivoirienne, Adjuwa.net, Worldcanalinfo, SACEM (règles publiques de répartition), Wikipedia SACEM.

    The Master
    The Masterhttp://www.ivoirap.com
    Ancien rappeur et éditeur en chef à Ivoirap.com

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