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    Abomé l’Éléphant : le Rap Ivoirien perd l’un des siens

    Il était né à Marcory, il grandissait à Koumassi, il s’éteignait au CHU de Treichville. Abidjan d’un bout à l’autre. Abomé l’Éléphant n’aura pas eu le temps de voir toute la distance qu’il avait parcourue. Ce lundi 18 mai 2026, à 30 ans, Anassin Boris Médard quittait ce monde des suites d’un malaise cardiaque. Le rap ivoirien perd un artiste qui avait choisi d’y appartenir — vraiment.

    Trajectoire

    De Fiesta Parade à la Yôrô Gang : une inscription par le travail

    ABOMé l’Éléphant ne s’est pas réveillé rappeur un matin pour surfer sur une tendance. Sa trajectoire commence en 2010, à l’adolescence, comme leader vocal du groupe Fiesta Parade. Sept années à construire un son, un style, une posture — avant que la dislocation du groupe ne le contraigne à tout recommencer. C’est un freestyle qui changera la donne : validé par DJ Arafat en personne, ce passage lui ouvre les portes de la Yôrô Gang Production en 2016. Dans un écosystème ivoirien où la légitimation par les anciens compte, ce moment n’est pas un détail. C’est une validation culturelle. C’est une inscription.

    Il collabore alors avec Molare, Ali Le Code, Seline — et participe aux côtés d’Arafat à des titres comme Tous des traîtres et Game 2 Dohi. Il apprend. Il observe. Il absorbe.

    « Dans un milieu où la sécurité du collectif est souvent préférée au risque de l’individuel, il avait choisi de se lever seul. »

    Discographie

    Solo : trouver sa voix dans la marge

    En 2020, ABOMé l’Éléphant quitte la Yôrô Gang. Solo. Un choix rare. La même année, il sort Apero — huit titres dont DouahoudéSarah va danser et Eh Dieu. Le public ivoirien commence à entendre une voix propre. En 2021, Were Were — « les enfants bénis » en baoulé — va plus loin encore : l’artiste convoque sa langue, sa culture, son rapport au sacré. Ce n’est plus du rap habillé en ivoirien. C’est de la musique ivoirienne pensée en rap.


    Discographie sélective

    2010 – Fiesta Parade — Leader vocal du groupe2010 – 2017

    2016 – Yôrô Gang Production — Tous des traîtres, Game 2 DohiFeat. DJ Arafat

    2020 – Apero, Album solo — 8 titres

    2021 Were Were – « Les enfants bénis » en baoulé

    2023 – La CAN c’est chez nous Feat. Yodé & Siro

    Meilleure Révélation Afro Rap/Rap-Ivoir en 2020, Meilleur Rappeur Masculin en 2021 : les prix confirment ce que l’oreille avait capté. Sa participation au titre La CAN c’est chez nous aux côtés de Yodé & Siro l’inscrit dans la mémoire collective ivoirienne d’une façon que peu d’artistes atteignent.

    Au-delà de la musique

    L’engagement : quand la posture ne suffit plus

    Deux choses révèlent un artiste sincère : ce qu’il fait quand il n’est pas sur scène, et la façon dont il répond aux attaques. ABOMé l’Éléphant avait choisi de faire les deux avec cohérence. Ces derniers mois, il intervenait dans des établissements scolaires, tenant des messages de prévention contre les stupéfiants — pas pour une campagne, pas pour une marque. Pour les jeunes.

    Et quand les réseaux se déchaînaient sur la rougeur de ses yeux, il avait choisi la vérité clinique plutôt que le silence. Limbo-conjonctivite endémique des tropiques — une maladie qu’il traînait depuis l’enfance. Cette transparence, rare dans un milieu où l’image est monnaie, dit quelque chose de profond sur l’homme derrière l’artiste.

    « Il avait sorti une chanson qui évoquait sa propre disparition. Ce n’était pas de la mise en scène. C’était un artiste qui regardait sa vie en face. »

    Héritage

    Ce qu’il laisse au rap ivoirien

    ABOMé l’Éléphant laisse une veuve, deux enfants, une discographie cohérente et une trajectoire qui mérite d’être documentée. Il laisse aussi une leçon que le rap ivoirien ferait bien de retenir : l’authenticité ne fait pas toujours de bruit immédiatement. Parfois, elle s’installe en silence — un album après l’autre, une intervention scolaire après l’autre — jusqu’à ce que son absence laisse un creux qu’on n’avait pas vu venir.

    Il y a environ un an, il avait sorti un titre dans lequel il évoquait sa propre disparition et les réactions que cela susciterait. Il y parlait des jugements, des commentaires, de la façon dont le monde traite ceux qu’il n’a pas encore reconnus à leur juste valeur. Ce titre n’était pas prophétique par accident. C’était un artiste qui regardait sa propre trajectoire avec lucidité — et qui choisissait d’en faire de la musique.

    C’est ça, l’inscription culturelle. Pas les vues. Pas le buzz. Pas la posture. La capacité à transformer sa propre vie en matière première artistique, avec honnêteté, sur la durée.

    IVOIRAP s’incline.
    Repos, l’Éléphant.

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    The Master
    The Masterhttp://www.ivoirap.com
    Ancien rappeur et éditeur en chef à Ivoirap.com

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