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    Sur le pouce et sur Facebook : comment le fan ivoirien consomme sa propre culture

    Le fan qui repartage aujourd’hui un article sur Almighty vieux de huit ans l’a lu, la première fois, en une poignée de secondes. Il était sur son téléphone, dans le fil Facebook, entre deux vidéos. C’est là, et de cette façon, que se joue l’essentiel de la lecture culturelle en Côte d’Ivoire.

    Le lieu de lecture n’est pas un détail

    En Côte d’Ivoire, huit internautes sur dix sont présents sur Facebook, plateforme dominante pour croiser du contenu culturel. La population connectée est jeune (âge médian de 18,3 ans) et massivement mobile, avec un taux de connexions cellulaires actives dépassant 140 % de la population. Lire un article de rap, ici, ce n’est presque jamais s’asseoir devant un écran : c’est lire au pouce, dans un fil qui défile, souvent avec une connexion limitée.

    Ce que ce lieu impose à la lecture

    Un visiteur ne lit jamais une page du début à la fin. Il la balaie, retient quelques repères visuels, décide en quelques secondes s’il reste. Sur le web en général, une page ne retient l’attention que le temps d’une lecture partielle, quel que soit le sujet. Le fil Facebook amplifie cette contrainte : le contenu doit se faire comprendre avant même le clic, dans la vignette, dans les premiers mots.

    Le contresens à éviter

    Interpréter ce mode de lecture comme un désintérêt serait une erreur. Le même public qui balaie un post en quelques secondes est aussi celui qui repartage un article des années après, qui commente, qui revient. Les données sur les usages vidéo confirment ce mécanisme ailleurs : une majorité de jeunes internautes qui découvrent un sujet en format court cherchent ensuite la version longue, si le format court a prouvé sa valeur.

    Une consommation qui a sa propre grammaire

    Le fan ivoirien du rap suit déjà des classements, des sorties de la semaine, des noms qui montent, avant même d’ouvrir un article dessus. Ce n’est pas un public à qui il faut simplifier le contenu. C’est un public dont il faut épouser le rythme et le lieu : mobile d’abord, scannable d’abord, sans jamais sacrifier l’exigence de ce qui est écrit.

    Ce que ça change concrètement

    Le vrai enjeu n’est donc pas d’opposer Facebook et le fond, le pouce et l’analyse. C’est de faire du lieu de lecture un point de départ assumé, pas une contrainte qu’on subit : un classement rigoureux et sourcé peut porter la même exigence qu’un article long, à condition d’être pensé pour l’endroit où il sera réellement lu.

    The Master
    The Masterhttp://www.ivoirap.com
    Ancien rappeur et éditeur en chef à Ivoirap.com

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