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    Sans contrat, sans maison, sans regret : le rap ivoirien des années 2000

    Aucun label français n’a signé de rappeur ivoirien entre 2000 et 2009. Pas un. Pas Universal, pas Sony, pas Warner, pas même un petit indépendant parisien. Ce silence n’a rien d’un hasard : il raconte une décennie entière.

    Une scène sans filet

    En 2007, Oli, du duo Garba 50, résume la situation dans une interview restée archivée : « On n’a pas choisi l’auto distribution. L’industrie de la musique ivoirienne nous l’a imposée. » Le constat vaut pour toute une génération. Sooh et lui montent leur propre label, Le Fumoir, non par posture indépendante mais parce qu’aucune structure locale ne veut investir sur du hip-hop. « Personne ne faisait confiance au HIP HOP », résume Oli — ni les maisons de production, ni les radios.

    Le rap ivoirien n’a alors pas d’industrie où s’appuyer. Il est arrivé au pire moment : au début des années 2000, le coupé-décalé explose. La Jet Set, collectif fondé à Paris en 2001 autour de Douk Saga, Boro Sanguy, Lino Versace et Le Molaré, impose un genre nouveau qui capte le public et les moyens financiers du pays. « Sagacité », premier grand tube de Douk Saga en 2003, symbolise ce basculement. Le hip-hop, qui existait en Côte d’Ivoire depuis 1985, se retrouve relégué au second plan, sans maison de disques locale pour le porter.

    Chercher une porte, sans la trouver

    Certains artistes n’attendaient pourtant qu’une occasion. Billy Billy, figure du groupe Coast to Coast, le dit sans détour dans une interview de fin 2009 : « signer dans une major, pourquoi pas ? » Quelques mois plus tard, en février 2010, Jeune Afrique rapporte que son manager est en discussion avec Sony pour une sortie française. Rien n’en sortira de documenté par la suite. Billy Billy restera chez Coast to Coast jusqu’à la mort de son producteur historique, Jean-Marc Guirandou, en 2016.

    Nash, elle, choisit une autre voie : sa propre structure, Nouchi Arts, montée avec un producteur suisse. Son premier album solo, Ziés Dédjas, sort fin 2008. Elle collabore avec Mokobé sur Mon Afrique, tourne en Europe — mais reste, à chaque étape, en dehors du système des majors françaises. Pas par refus. Par absence d’offre.

    Ce que dit ce silence

    Aucun de ces parcours ne raconte un rejet de l’industrie française. Ils racontent son absence. Les majors françaises signaient massivement le rap hexagonal de l’époque — Booba, Rohff, Diam’s — sans regarder vers Abidjan. La bascule n’aura lieu que bien plus tard : Kiff No Beat signe chez Universal Music Africa en 2017, après un an de négociation ; Universal installe son siège africain à Abidjan en 2018 ; Didi B rejoint le label 92i de Booba en 2021, devenant le premier Ivoirien signé par la structure.

    Entre ces deux moments — l’indifférence des années 2000 et la reconnaissance de la décennie suivante — se joue une histoire d’ancrage forcé. Garba 50, Billy Billy et Nash n’ont pas choisi de rester en dehors du système français. Le système ne les a simplement jamais regardés.

    The Master
    The Masterhttp://www.ivoirap.com
    Ancien rappeur et éditeur en chef à Ivoirap.com

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