Trois semaines. C’est le temps qu’il a fallu pour que la polémique la plus bruyante de l’été ivoirien s’éteigne dans le silence de ceux qui auraient dû parler. Ni Acharts, ni Slimakprod, ni Spotify. Personne n’a clôturé officiellement ce dossier. On le fait.
Ce qu’on cherchait
La question de départ était simple : est-ce que Himra a acheté des streams ?
On l’a posée clairement dans notre premier article. On a mené les vérifications. On a contacté les parties. On a suivi les chiffres. Voilà ce qu’on a trouvé.
Ce qu’on a établi
Le chiffre de 32 millions est très probablement faux. OseiDaproducer, CEO de Tiememusic, a démontré le 6 juillet — en utilisant le même outil qu’Acharts — que le différentiel réel était de -2 219 291 streams, et non -32 219 291. Son accusation : un « 3 » ajouté devant le chiffre réel, gonflant la perte d’un facteur 15. Acharts n’a jamais fourni d’explication sur cet écart. Jamais. Ni publiquement, ni à nous.
C’est notre premier verdict : le chiffre de 32 millions n’est pas établi. Il est contesté arithmétiquement, sans réfutation de la part de son auteur.
Acharts n’est pas ce qu’on croyait. La recherche l’a confirmé : acharts.co est un agrégateur de classements musicaux nationaux, actif depuis 2009, compilant des charts via MusicBrainz et Last.fm. Ce n’est pas un outil de tracking Spotify en temps réel. La question de savoir sur quel outil exactement ils ont produit ce tableau reste sans réponse — et c’est précisément le problème. Une page qui publie des données de streaming sans expliquer sa méthodologie ne mérite pas d’être citée comme source dans un débat sérieux.
Spotify n’a ni confirmé ni nié. Notre échange avec le support Spotify for Artists s’est soldé par un refus explicite de commenter :
« I’m afraid we’re unable to share further information. »
Renvoi vers le management de l’artiste. Aucune communication officielle de Spotify sur un retrait de streams concernant Himra n’existe à ce jour.
Le camp Himra n’a pas répondu. Ni Slimakprod, ni 1X, ni Epic Records France, ni Sony Music France. Aucune réaction officielle en trois semaines — ni pour confirmer, ni pour démentir, ni pour expliquer. Ce silence a alimenté le doute. C’est une erreur de communication. Mais une erreur de communication n’est pas une preuve de fraude.
Les compteurs ont continué à progresser normalement. Entre le 1er juillet et aujourd’hui, les auditeurs mensuels de Himra sont remontés à 2,0-2,1 millions. Le 13 juillet, Chartmetric enregistrait +7 937 nouveaux abonnés Spotify en une seule journée — soit +102% au-dessus de sa croissance normale. Si une purge catastrophique avait réellement eu lieu, ces chiffres ne seraient pas là.
Ce qu’on n’a pas trouvé
On n’a pas trouvé de preuve que Himra a acheté des streams. Ni de capture horodatée d’une chute réelle et documentée. Ni de communication Spotify confirmant un retrait. Ni de source interne au label ou au management corroborant l’existence d’un problème.
On a trouvé un chiffre qui circule, une erreur arithmétique probable, un outil mal identifié, et quatre silences.
Le vrai verdict
Le chiffre de 32 millions est presque certainement faux. La polémique qui s’est construite autour de lui l’est donc aussi.
Ce n’est pas Himra qui a un problème de streams. C’est Acharts qui a un problème de méthodologie — et les médias qui ont relayé ce chiffre sans vérification ont un problème éditorial.
Scoop Afrique a lancé une insinuation avec « un million de streams retirés en 24 heures. » Mbote.cd en a fait « 32 millions » sans source. Le reste d’internet a suivi. C’est le schéma classique de la désinformation musicale — et il a fonctionné pendant trois semaines sur une scène entière.
IVOIRAP écarte donc définitivement l’hypothèse de la fraude délibérée. Pas parce qu’elle est impossible dans l’absolu. Mais parce qu’après trois semaines d’investigation, de contacts, de vérifications arithmétiques et d’échanges avec Spotify, rien ne permet de l’étayer. Et une accusation sans preuve ne mérite pas d’exister dans nos colonnes.
Ce qui reste à surveiller
Un seul élément peut encore changer l’image : le 26 décembre 2026 au stade Olympique Alassane Ouattara d’Ebimpé. 60 000 places. Billetterie ouverte sur Tikerama. Six catégories de prix, de 3 000 à 100 000 FCFA.
Si Himra remplit ce stade, ce sera le seul verdict qui comptera vraiment. Pas les compteurs Spotify. Pas les tableaux d’Acharts. La foule. En vrai. Dans un stade.
Les streams mesurent des écoutes. Un stade plein mesure une présence réelle. C’est la seule métrique qui ne peut pas être contestée.
On sera là pour couvrir ça.
Ce que ce dossier nous laisse
Cette enquête a duré trois semaines. Elle a produit trois articles, deux mails sans réponse, un échange avec le support Spotify, et une révélation arithmétique qui a retourné le chiffre central de la polémique.
Ce n’est pas rien. Mais ça aurait dû être le travail de n’importe quel média qui a relayé cette information. Ce ne l’a pas été.
La rubrique Enquête d’IVOIRAP reste ouverte. Ce dossier est fermé.
Cet article est le troisième et dernier de la série Enquête IVOIRAP consacrée à la controverse Himra / Spotify.
→ Partie 1 : Himra, Spotify et nous — pourquoi on a décidé d’aller plus loin
→ Partie 2 : Sources contradictoires, chiffre contesté et silence officiel
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