Il y a des noms qui circulent dans les crédits avant de circuler dans les bouches. GREEDBANKS est de ceux-là. Producteur derrière le très remarqué Freestyle Drill Ivoire 3 de Himra, il reste pourtant l’un des visages les moins connus de la nouvelle génération abidjanaise. IVOIRAP est allé à sa rencontre pour comprendre qui se cache derrière les instrus.
Un nom né d’une revanche
Derrière GREEDBANKS se trouve Cisse Abdoul Nour-Allah Alvin, né le 11 novembre 2002 à Abidjan. Le nom, lui, n’a rien d’un hasard marketing : il vient d’une période où sa corpulence lui valait des moqueries. En 2015, alors qu’il tente le rap — une aventure vite abandonnée faute d’accord parental — il a besoin d’un nom de scène. Il associe Greed (« gourmand », en clin d’œil à son propre surnom d’alors) à Banks, en référence à l’esthétique américaine qui le fascine déjà. Le nom reste, même quand le projet de rappeur s’efface au profit de la production.
Une enfance nourrie à Michael Jackson
Son rapport à la musique précède largement ses débuts de beatmaker. Chez lui, ce sont ses parents qui font tourner Michael Jackson en boucle, pendant que ses grands cousins lui font découvrir Maître Gims, Lil Wayne, Rick Ross, T-Pain, 2 Chainz, La Fouine, Booba, Kaaris ou Soprano. Une bande-son familiale qui a fini par poser une question toute simple : et si la musique existait grâce aux compositions, pas seulement grâce aux artistes qui les portent ?
C’est cette interrogation qui le pousse, début 2016, à ouvrir FL Studio pour la première fois.
L’apprentissage : Vitex et Internet Money
Pour progresser, GREEDBANKS cite deux influences déterminantes : Vitex, qu’il présente comme l’un des rares producteurs ivoiriens à l’avoir marqué par sa manière de composer, et le collectif américain Internet Money, dont il recommande encore aujourd’hui les tutoriels à quiconque débute.
Sur le fond, sa méthode reste instinctive plus que technique. « Je reste dans le noir et je projette juste ce que je ressens sur le moment », résume-t-il à propos de son processus créatif, qu’il décrit presque comme un état de transe.
Le tournant Himra
Le morceau qui l’a fait connaître, Freestyle Drill Ivoire 3, ne date pourtant pas d’hier : la production remonte selon lui à 2022-2023. Elle a atterri chez le manager de Himra à l’époque par l’intermédiaire de MB, sans que GREEDBANKS s’attende à ce qu’elle soit retenue. « Je m’y attendais pas mais c’est ça », dit-il simplement.
Une scène qu’il observe à sa manière
GREEDBANKS revendique volontiers ses distances avec certains courants : la drill, dit-il sans détour, ne le passionne pas particulièrement, même s’il en reprend certains codes à sa façon. En revanche, il défend une scène trap abidjanaise qu’il juge bien vivante, citant notamment OG Mahilet Samosa comme preuve que le genre n’est pas mort en Côte d’Ivoire.
Côté collaborations, il travaille régulièrement en tant que beatmaker avec MB, Likma, 26MTY et 18h, et cite comme complicités artistiques naturelles 6kohsly, Bébé Choppa, Highman, Yjick ou encore Fr.
Ce qu’il veut qu’on retienne
Au-delà des chiffres et des featurings, GREEDBANKS revendique une intention simple derrière sa musique : que l’auditeur, qu’il traverse une dépression, de la colère ou du stress, se sente accompagné — des émotions qu’il dit lui-même vivre en permanence. Il y ajoute une philosophie plus large, presque une ligne de conduite : oser expérimenter, suivre sa propre vision, sans attendre de validation extérieure. « De toute façon, tu sauras jamais si t’as pas essayé », résume-t-il.
Sur la suite, il reste évasif : un projet avec 6kohsly est évoqué, « et peut-être d’autres ». Quant à savoir ce qu’on dira de lui dans cinq ans, sa réponse tient en une phrase, à la fois honnête et à son image : ça dépendra s’il fait encore de la musique.
Propos recueillis par IVOIRAP.



