Yopougon lui a donné ses premières punchlines. Winnipeg lui a donné le temps d’en faire un flow. Entre les deux villes, French RK, de son vrai nom Franck Koffi, a construit un rap qui porte les deux adresses sans jamais renier la première.
UN QUARTIER, UN GROUPE, UN REMIX
Tout commence dans un Yopougon qu’il décrit comme toujours en mouvement, où la musique tournait déjà chez lui grâce à son père. Adolescent, il rejoint Viny Dave pour former 42 Amstaff, un duo de freestyles improvisés où l’on emprunte volontiers des punchlines à Mister Blazz ou au Cotonou City Crew, le temps d’apprendre à poser sa voix. Un seul morceau sortira de cette période, un remix de « Black and Yellow », avant que le projet ne s’arrête net.
Le départ pour le Canada met un terme à cette première aventure. Franck Koffi part poursuivre ses études à Winnipeg, au Manitoba, et la musique passe au second plan le temps de s’adapter à un pays, une langue de tous les jours différente, un rythme de vie nouveau.
LE SILENCE, PUIS LE RETOUR
Il faudra plusieurs années avant que French RK ne reprenne le micro. En 2023, il sort « Mano, Vol. 1 », premier signal d’un retour assumé. Depuis un studio installé chez lui, il enchaîne les sorties : « Trap Love », « La Roue Tourne », « Rappel », puis « Valider » en 2024.
Ce retour se fait dans un contexte particulier : celui d’une scène rap francophone encore jeune au Manitoba, où French RK évolue aujourd’hui aux côtés d’artistes comme Trésor Namwira, alias Ezoman, avec qui il a signé le titre « Comme Nous ». Une communauté restreinte, loin des radars des grands médias musicaux, mais où il dit avoir trouvé un espace pour exister en tant qu’artiste.
LE NOUCHI COMME RÉFLEXE, PAS COMME CALCUL
Ce qui distingue French RK dans ce paysage, c’est la manière dont l’Afrique continue d’infuser sa musique. Les sonorités coupé-décalé et les passages en nouchi ne sont pas pour lui un habillage ajouté après coup. Il les présente comme une part naturelle de qui il est, héritée directement de Yopougon, plutôt que comme une stratégie pour se démarquer.
Cet ancrage a pris une forme concrète en 2024. Pour le clip de « Valider », French RK retourne filmer à Abidjan et à Assinie, avec la caméra de Laudy Black, un ami d’enfance retrouvé. Le choix de tourner sur place, plutôt que de simplement évoquer la Côte d’Ivoire dans les textes, dit quelque chose de son rapport au pays : une fidélité qui passe par les images autant que par les mots.
Musicalement, il assume un métissage large. Ses références vont de 50 Cent, T.I. et Kanye West à La Fouine, en passant par des figures ivoiriennes comme Muss MAM et Mister Blazz. Il suit de près, dit-il, ce qui se fait aujourd’hui sur la scène abidjanaise, citant Didi B, Himra, Sindika, Wantché ou encore Dopelym parmi les noms qu’il écoute.
UNE PASSERELLE ENCORE À CONSTRUIRE
Pour l’instant, cette proximité reste largement à sens unique. Aucune collaboration avec un artiste basé en Côte d’Ivoire n’a encore vu le jour, et French RK reste, en dehors du Manitoba, un nom peu connu du grand public ivoirien. Lui-même se dit ouvert à changer cela, sans en dire davantage sur des projets concrets à ce stade.
En attendant, 2026 marque une nouvelle étape avec la sortie de « MON€Y & SUCCE$$ », et un album est annoncé pour la fin d’année. De quoi mesurer, dans les mois à venir, si le trait d’union que French RK dessine entre Yopougon et Winnipeg finira par se prolonger jusqu’à Abidjan.



