Sur scène et à la radio, DJ BDK est connu pour ses mixes afro, coupé-décalé et amapiano. En privé, c’est une autre musique qui tourne. Dans le deuxième épisode de notre rubrique consacrée à la transmission dans le hip-hop ivoirien, BDK explique lui-même cet écart entre ce qu’il joue pour le public et ce qu’il écoute pour lui, et détaille comment il continue malgré tout à glisser le hip-hop dans son travail.
Un choix de marché, pas un choix de cœur
BDK le dit sans détour : s’il est connu pour ses mixes orientés afro et ivoire, c’est avant tout pour répondre au goût du marché. En privé, ce qu’il mixe dans ses temps libres reste le hip-hop, une musique qu’il décrit comme celle qui le fait vibrer, « jusqu’au bout ». Le distinguo qu’il pose est net : il y a le métier, qui suit la demande, et il y a le kiff personnel, qui n’a jamais changé depuis ses débuts.
Le hip-hop glissé dans le travail public
BDK affirme que le hip-hop reste présent, même dans son travail pour le public. Il cite en exemple son émission radio du week-end sur Trace FM, où il intègre régulièrement des sections rap dans ses mixes, et précise que même dans ses prestations les plus grand public, il s’arrange pour insérer des morceaux du genre, notamment depuis que le rap ivoire « a pris beaucoup de place » ces dernières années.
Concrètement, BDK explique qu’il pousse volontairement les nouveautés du rap ivoirien qu’il découvre dans ses playlists, au même titre que les classiques. Il cite en exemple la collaboration entre OG Mahilet et Wantché, découverte récemment, qu’il intègre à ses sélections aux côtés d’un titre qu’il considère déjà comme un classique du duo. Ces affirmations restent, à ce stade, des déclarations de l’artiste : nous n’avons pas eu accès à un enregistrement de l’émission Trace FM pour les vérifier directement.
Un travail de recherche permanent
Pour préparer ses sets, BDK décrit un travail de veille constant : il dit passer beaucoup de temps à observer les tendances, les nouveautés et le travail d’autres DJ en ligne, pour repérer de nouvelles techniques ou transitions et nourrir ses propres playlists. Cette recherche, selon lui, ne se limite pas à l’afro ou au coupé-décalé : elle inclut activement une veille sur les sorties rap, ivoiriennes comme internationales.
Sur ce qui distingue un bon DJ d’un DJ moyen, BDK ne met pas en avant la technique en premier lieu. Il pointe plutôt la capacité à reconnaître un hit avant qu’il ne devienne tendance, ou à en faire découvrir un à son public en avance sur la courbe. La technique compte, dit-il, mais elle n’est qu’un ingrédient parmi d’autres : l’oreille et la culture musicale pèsent tout autant.
La résistance du public
BDK évoque aussi une tension structurelle du métier : le public événementiel, selon lui, reste peu ouvert aux nouveautés et préfère souvent réentendre ce qu’il connaît déjà. Il décrit une négociation permanente avec les clients, où les DJ tentent de proposer des choses nouvelles sans toujours réussir à les faire accepter. C’est dans cet espace de négociation, sous-entend-il, que le hip-hop trouve difficilement sa place en public, alors qu’il occupe une place centrale en privé.
Pourquoi cet aveu compte
Cette tension entre pratique publique et conviction privée n’est pas propre à BDK. Elle traverse une partie du secteur événementiel ivoirien, où les DJ ajustent leur sélection aux attentes d’un public qui résiste souvent aux nouveautés, tout en continuant, à la marge, à faire vivre les genres qui les ont formés. BDK situe explicitement son propre travail dans cette dynamique : suivre le marché sans jamais couper le fil avec le hip-hop qui l’a construit.
Raconter cet écart, c’est aussi montrer un visage différent du métier de DJ événementiel, souvent perçu comme purement commercial. Chez BDK, la conviction personnelle semble rester active sous la contrainte du marché, glissée dans les interstices d’un travail par ailleurs très cadré par la demande.



