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    AMOXD : Yamoussoukro a un rappeur. Il mixe, il clippe, il drop.

    AMOXD ne fait pas de bruit. Pas encore. Mais depuis Yamoussoukro, avec son collectif et ses propres mains, il construit quelque chose que le rap ivoirien n’a pas l’habitude de voir venir de là.

    Il n’a pas attendu qu’Abidjan le découvre. Il n’a pas non plus attendu qu’un label lui tende un contrat, qu’un beatmaker lui envoie un son ou qu’un vidéaste lui propose un clip. AMOXD fait tout lui-même, depuis Yamoussoukro, avec ses frères.

    C’est peut-être ça, le fait le plus significatif dans son parcours : pas ce qu’il rappe, mais comment il existe. Dans une scène rap ivoirienne massivement concentrée sur Abidjan, AMOXD construit quelque chose à 240 kilomètres de la capitale économique, dans une ville que la géographie ivoirienne a placée au centre du pays mais que la culture rap a longtemps ignorée.

    AMOUDÉ, MOHAMED SALLY, AMOXD

    AMOXD, de son vrai nom Mohamed Sally — que ses proches ont toujours appelé Amoudé — a construit son blaze à partir de là. Une déformation phonétique du prénom, un surnom de proximité devenu pseudo de jeux vidéo, devenu nom d’artiste. Pas de construction marketing derrière : juste un glissement naturel d’une identité à une autre.

    Il commence la musique autour de 13 ans. Pas par révélation, mais par immersion : la plupart des gens avec qui il traîne rappent déjà. Il suit le rythme. Ce contexte collectif ne le quitte pas — il débouche sur la création de Dino Family, son collectif de proches basé à Yamoussoukro, qui structure encore aujourd’hui l’essentiel de ses activités : les drops, les décisions de sortie, les collaborations.

    LE NOUCHI, PAS LA DA

    Plusieurs titres d’AMOXD sont écrits en nouchi — GBAISSAI, DECROU LA KÉ, MARASSE DE DJAI. Sur ce choix, sa réponse est directe :

    « C’est comme ça je m’exprime au quartier, c’est pas une DA. »

    Pas de direction artistique calculée. Juste la langue dans laquelle il pense, dans laquelle il vit. C’est une posture qui mérite d’être prise au sérieux. Dans un paysage rap où le nouchi est parfois instrumentalisé comme marqueur d’authenticité locale — un code à afficher plutôt qu’à habiter — AMOXD l’utilise comme il parle. La nuance est mince mais réelle.

    Son processus d’écriture va dans le même sens : il part du beat. Dès qu’un son le « Maga » — dès qu’il lui parle, dès qu’il le touche — il pose quelque chose. Quasi-improvisé, en direct.

    « Presque tous mes sons c’est du devant Gbayer. »

    Ce n’est pas la méthode d’un artiste qui construit des textes ligne par ligne. C’est celle d’un artiste qui capte une énergie et la fixe avant qu’elle ne disparaisse.

    Le titre qu’il revendique comme le plus personnel ? MARASSE DE DJAI. Parce que, dit-il, « je suis dans tous les cherchements possibles pour l’argent. » Une phrase honnête. Pas de glorification — juste la réalité d’un quotidien.

    AUTONOMIE TOTALE

    Ce qui distingue AMOXD dans son environnement immédiat, c’est moins son son que sa façon de fonctionner. Il mixe lui-même. Il clippe lui-même. Il travaille avec des beatmakers de son réseau, mais la chaîne de production — de l’enregistrement à la diffusion — reste dans ses mains.

    Cette autonomie n’est pas présentée comme une fierté dans ses réponses. Elle est décrite comme un état de fait, une organisation qui s’est mise en place naturellement avec Dino Family. Mais dans une scène où la dépendance aux intermédiaires — studio, vidéaste, label — est souvent le premier frein à la régularité, cette capacité à produire seul est un avantage structurel réel.

    Son catalogue en témoigne : un EP (WELCOME TO MY BABIERYA), un album (ARCHIVE), et une série de singles qui s’accumulent sans interruption visible. La cadence est là. La machinerie tourne.

    « ÊTRE FORT DANS LA MUSIQUE, PAS DANS UN STYLE »

    Sur son positionnement sonore, AMOXD est précis :

    « Je veux qu’on me reconnaisse comme quelqu’un qui n’a pas de limite, qui peut djor sur tout. Mais la Trap reste mon point fort. Être fort dans la musique, pas dans un style musical. »

    C’est une ambition qui se heurte encore à la réalité d’un catalogue en construction, d’une audience confidentielle et d’une scène — celle de Yamoussoukro — qui n’existe pas encore comme référence nationale. Mais c’est aussi une ambition cohérente avec ce qu’il fait : un rappeur qui mixe lui-même ne peut pas se permettre d’être moyen dans plusieurs registres. La polyvalence qu’il revendique est aussi une nécessité pratique.

    Ce qu’AMOXD construit à Yamoussoukro n’est pas encore une scène au sens plein du terme. C’est un début de scène — un collectif, une régularité, une autonomie. Ce n’est pas rien. C’est même, dans le contexte du rap ivoirien, une forme rare d’existence.

    The Master
    The Masterhttp://www.ivoirap.com
    Ancien rappeur et éditeur en chef à Ivoirap.com

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